Un «Brexit» inquiète les entreprises

Alors qu’une sortie de la Grèce taraude toute la zone euro, c’est l’ambivalence d’un autre pays vis-à-vis de l’Union européenne (UE) qui inquiète les Irlandais. Si les conservateurs gagnent en Grande-Bretagne en mai, la population pourra se prononcer sur un «Brexit», c’est-à-dire sur la possibilité de quitter l’UE, ainsi que l’a promis l’actuel premier ministre, David Cameron. Et les Irlandais craignent d’en porter l’essentiel du fardeau.

La semaine dernière, un think tank londonien, Open Europe, a publié une étude démontrant que les coûts d’une sortie de la Grande-Bretagne seraient plus élevés pour l’Irlande que pour la principale intéressée elle-même. Selon le meilleur scénario envisagé par les experts, soit un traité de libre-échange à grande échelle avec l’UE, il en coûterait 2 milliards d’euros de son PIB par année à l’Irlande, soit 1,1%, jusqu’en 2030. Sans un tel traité, l’impact pourrait s’élever à 3% du PIB par an sur la même période.

Un milliard par semaine

En cause, les liens commerciaux forts entre les deux pays. Par semaine, des biens valant 1 milliard d’euros traversent la frontière, souligne le Financial Times. 43% des exportations des entreprises irlandaises vont au Royaume-Uni. Pour les multinationales étrangères installées à Dublin, l’enjeu est moindre: seules 12% des exportations partent en direction de Londres.

Aux turbulences que subirait le commerce entre les deux pays pourrait s’ajouter un autre problème: celui du retour des frontières entre l’Irlande du Nord et la République irlandaise.

Même le chômage des deux îles est corrélé, selon Kieran McQuinn, professeur associé à l’Institut de recherches économiques et sociales (ESRI), à Dublin. «On aurait pu penser que cette relation allait se dissoudre ou, au moins, perdre en intensité lorsque l’Irlande a rejoint la zone euro, mais ce n’est pas le cas. Elle s’est même renforcée parce que le Royaume-Uni a retrouvé une croissance solide bien avant la zone euro, qui reste morose.» L’expert souligne qu’un groupe de réflexion, au sein du gouvernement, s’est déjà mis en place pour parer aux différents problèmes que créerait ce «Brexit».

Un tel scénario entraînerait aussi des opportunités pour l’Irlande, assure pourtant Kieran McQuinn: «Des entreprises installées à Londres, notamment dans la finance, pourraient décider de quitter la City pour rejoindre un pays anglophone qui garderait un accès au marché européen.» Pour la plupart des entrepreneurs rencontrés à Dublin, les turbulences que provoquerait le référendum restent pourtant l’inquiétude numéro un.