La Commission de la concurrence (Comco) a interdit l'entente entre 17 entreprises tessinoises qui se partageaient le marché cantonal de l'asphaltage des routes avec une belle minutie: leurs responsables se rencontraient chaque semaine pour se répartir les parts de marché avec une précision de deux chiffres derrière la virgule - procès-verbal à l'appui!

Ce cartel qualifié de «dur» a «lésé les clients privés, les autorités publiques et les contribuables». Il s'est auto-dissous à fin mars 2005 pile avant l'entrée en vigueur de la loi révisée sur les cartels, «non sans culot», a relevé Walter Stoffel, président de la Comco. Cela a évité aux entreprises visées une amende globale de 30 millions de francs. Sitôt après la suppression de la convention illicite, le prix moyen de leurs soumissions a chuté de 35%.

Combattre les prix «cachés»

Ce cas a été mis en évidence jeudi lors de la «discussion d'automne» de la commission parce que cette dernière soupçonne l'existence d'autres cartels de ce type, plus discrets. Leur élimination sera «une des priorités de l'année 2008».

Dans une autre affaire concernant la rénovation de la bibliothèque nationale, l'autorité de la concurrence a clos l'enquête contre quatre entreprises bernoises de construction, la preuve d'une entente sur les prix n'ayant pu être fournie par le maître de l'ouvrage.

Par ailleurs, l'appréciation des accords dit «verticaux», notamment en ce qui concerne les recommandations de prix, sera actualisée à partir du 1er janvier pour s'accorder au droit européen. La Comco rappelle qu'elle ne s'oppose pas aux recommandations de prix si elles sont transparentes pour le consommateur mais n'admet pas celles qui visent les revendeurs et représentent «des fixations de prix masquées». Enfin, Walter Stoffel a défendu les récentes décisions de la Comco dans le commerce de détail (fusion Migros/Denner entre autres): «Le marché s'est ouvert depuis cinq ans, même si certains effets ne sont pas encore visibles, du moins pas dans toutes les parties du pays.» Les baisses de prix du duopole Migros-Coop «ne tombent pas du ciel», a-t-il ajouté, rappelant aussi que ces deux «géants» pèsent peu à l'échelle européenne.

Sur le rapport de force entre le duopole Migros-Coop et les producteurs suisses, Walter Stoffel observe que la pression s'exerce surtout chez les intermédiaires, ce qui est «normal jusqu'à un certain point» car ce secteur est très fragmenté. «Il y existe un potentiel d'économies», dit-il, précisant que les décisions rendues par la Comco prévoient aussi des clauses de sauvegarde pour les producteurs qui tomberaient «dans une situation d'extrême dépendance».