Les discussions autour des fintechs et du changement associé dans le secteur bancaire laissent penser que celles-ci sont à l’origine d’un changement fondamental dans ce secteur. Plusieurs signes sont en effet en faveur d’un changement. La gestion de fortune, en particulier, est arrivée à un point où une prise de conscience est indispensable et où un remplacement du modèle d’affaires traditionnel s’impose.

La rentabilité des banques privées suisses est en baisse constante ces dernières années. Ainsi, la marge bénéficiaire a reculé d’environ 40% depuis l’an 2000. Un phénomène qui contraste avec l’évolution du volume du marché dans le Private Banking européen, en augmentation de plus de 60% sur la même période. Ce décalage croissant montre que les banques ont de plus en plus de difficultés à répondre aux attentes de leurs clients au moyen de leur modèle d’affaires existant.

L’innovation à la peine dans le secteur bancaire?

La gestion de fortune est en plein changement sur les plans structurel, démographique et concernant la manière dont elle est perçue. Dans le même temps, le progrès technologique offre de nouvelles connaissances et compétences. Ces facteurs créent un cadre optimal au développement de l’innovation, mais ne sont que peu mis à profit par les banques. La mission de combler cette lacune en termes d’innovation incombe, dans l’opinion publique, aux fintechs.

Une observation plus précise montre néanmoins que les fintechs n’assument ce rôle que de manière limitée. Même si elles accélèrent le changement dans le secteur bancaire et promeuvent la numérisation, elles ne portent pas d’innovations réellement transformationnelles.

Elles ont en effet tendance à se détourner des affaires avec les clients finaux (B2C) au profit de celles avec les banques (B2B). Cela s’explique, d’une part, par un manque d’accès à des clients attrayants dans les affaires B2C et, d’autre part, par une augmentation de la demande et de la propension à payer dans les affaires B2B. Les fintechs disposent de solutions numériques face aux défis actuels, tels que la pression constante sur les coûts. Cependant, elles ne saisissent pas la chance qui leur est donnée de développer des innovations grâce auxquelles elles pourraient créer de nouveaux marchés et de nouveaux segments et besoins de clientèle.

Hub fintech compétitif en Suisse

En Suisse, le potentiel d’innovation est là. Toutefois, une comparaison directe avec Londres, le hub fintech actuellement leader dans le monde, met au jour certaines lacunes. Les facteurs clés du maintien et de l’augmentation de la compétitivité restent le progrès technologique ainsi que la déréglementation du marché.

Le gouvernement doit également faire en sorte que les innovations et les nouvelles technologies puissent favoriser le changement. Ainsi, la collaboration entre les associations de fintechs et des acteurs clés du marché tels que des start-up, des banques et des investisseurs est essentielle à l’établissement d’un écosystème de fintechs innovant.

Les signes de la croissance sont visibles dans tous les hubs fintechs phares. Ainsi, le nombre de fintechs suisses présentes dans la gestion de fortune a plus que doublé ces trois dernières années. Une telle croissance montre que les fintechs croient en leur capacité d’innovation et se sentent capables d’accélérer encore le changement.

Cependant, la question se pose de savoir si la croissance représente à elle seule un indicateur clé de la capacité d’innovation et des chances de succès. De manière générale, un changement de mentalité profond s’impose chez tous les acteurs du marché. En particulier dans la gestion de fortune, les convictions phares concernant le modèle d’affaires traditionnel sont profondément ancrées et il paraît difficile de les faire évoluer.

Les fintechs ont tout intérêt, plutôt que de s’orienter vers une numérisation du modèle d’affaires existant, qui a fait son temps, à élaborer de nouvelles solutions visant le succès à long terme. Les innovations les plus fructueuses reposent très souvent sur la création de valeurs. Il s’agit par exemple de changements dans le modèle de revenus ou d’une amélioration de l’engagement envers le client. Ces dernières années cependant, aucune fintech n’a innové dans ces domaines, où elles pourraient subir une concurrence sérieuse de la part des banques privées et des gestionnaires de fortune.