La nomination de Kaspar Villiger à la tête d’UBS couronne le deuxième plan de sauvetage de la banque. Après l’injection de capital par la Confédération et la reprise des actifs toxiques par la Banque nationale, l’automne dernier, le remplacement du pâle Peter Kurer par une figure d’une telle autorité montre que le leadership est de retour à la tête de l’établissement secoué de toutes parts. Faisant suite à la désignation, la semaine dernière, d’Oswald Grübel à la direction générale, l’arrivée de l’ancien conseiller fédéral manifeste le besoin de marier une gouvernance économique et politique du dossier au niveau d’excellence que réclament les urgences.

Comme Oswald Grübel, Kaspar Villiger apporte un premier trésor à UBS: la confiance. Actif immatériel mais inestimable. Pas un Suisse ne pourra penser qu’une telle personnalité accepte un tel fauteuil si ses économies sont en danger. Il apporte également son expérience des crises, et une connaissance indiscutée des dossiers liés à la place financière. Sous son règne au Département des Finances, il a en effet géré la crise des fonds en déshérence, mais aussi mis en place des législations décisives pour le secteur, sur le blanchiment d’argent sale, sur la création de l’organe de surveillance des marchés, sur l’imposition fiscale des revenus d’intérêts avec l’Union européenne.

Radicalement suisse, il incarne le «Paradeplatz-Kapitalismus» non pas dans ses excès, mais dans sa tradition: celui du travail bien fait, de la fiabilité, de l’intégrité. Trois clés plus utiles aujourd’hui à UBS que celles de son logo. C’est d’ailleurs sur ces valeurs qu’il fonde sa mission dans le communiqué de presse publié ce matin.

Il est enfin une courroie de transmission évidente, sinon formelle, entre le Conseil fédéral et la banque. Ses liens avec le Département des Finances et avec le parti radical en font une sorte d’émissaire gouvernemental à la tête d’UBS, sans doute plus efficace que la nomination d’un représentant du gouvernement au sein du conseil d’administration.

On ne s’étonne donc pas que Kaspar Villiger déclare avoir accepté cette mission «au service du pays et du peuple suisse», et non au service de la banque elle-même. Cette formule résume clairement la confusion des intérêts existant entre la santé d’UBS et la prospérité nationale, la seconde imposant sa suprématie sur la première. Elle dit aussi dans quel état d’esprit cette nomination doit être comprise: Kaspar Villiger est désormais un huitième conseiller fédéral, qui doit garantir dans la gestion de cette crise une corrélation aussi étroite que possible entre les enjeux politiques et économiques, entre les considérations intérieures et internationales. Dans ce rôle complexe, il serait difficile d’imaginer meilleur «casting» que le retraité d’apparence tranquille, mais à la poigne efficace, du Département des Finances.