Un client suisse reproche à Saxo Bank de l’avoir trompé

Taux plancher Des transactions réaliséesen francs le 15 janvier ont été modifiées 12 heures plus tard

Des clients, dont certains en Suisse, croyant avoir réalisé un gain se retrouvent avec une perte

Jean* était plutôt content ce jeudi matin 15 janvier. Depuis plusieurs mois, il avait placé sur la plateforme SaxoTrader2 un ordre de «vente stop» de plusieurs milliers d’euros, «pour se protéger des variations de change au cas où le taux plancher lâcherait un jour». Une vente qui serait automatiquement exécutée dès que le taux de change atteindrait 1,19 franc pour un euro.

Peu après l’abandon du cours plancher par la BNS, un message de Saxo Bank, que Le Temps a pu consulter, lui confirme l’exécution de son ordre. A ce moment précis, le compte de Jean affiche donc un gain de plusieurs milliers d’euros. La somme en euros qu’il vient de vendre à découvert – c’est le principe des ventes «stop» –, et qu’il doit rembourser, pouvant être désormais rachetée à moindre frais sur les marchés puisque le taux de change oscille autour de la parité.

Voilà pour la théorie. Vers 14h30, Jean reçoit un premier e-mail de la banque danoise. Un courriel faisant état de «mouvements exceptionnels» sur le franc et d’un marché «extrêmement illiquide» pouvant la conduire à revoir, ultérieurement, les cours auxquels certaines transactions ont été effectuées durant cette journée particulière. Et effectivement, le couperet tombe autour de minuit pour Jean. Un deuxième message électronique, auquel Le Temps a également eu accès, lui apprend que son ordre a finalement été réalisé au cours d’un euro pour 0,9625 franc. Et que s’il avait été exécuté entre 9h41 et 10h01, c’est le cours de 0,88 qui aurait été appliqué.

En douze heures, Jean est donc passé par tous les sentiments. Le gain initial s’est finalement transformé en perte. Surtout, il a l’impression de s’être fait avoir par la banque, qui lui avait confirmé la transaction. «Si le cours de 0,96 se confirme, la lecture du gain et de mon avoir en compte sur la plateforme SaxoTrader2 était totalement fausse de 10 à 22 heures, explique-t-il. En conséquence, le client désinformé que j’étais – par les données inexactes de la banque durant douze heures – n’était pas en mesure de prendre une décision pertinente pour limiter sa perte.»

Choqué et fâché, Jean a finalement couvert sa position «short» en rachetant la somme en euros à un cours proche de la parité. Et clôturé l’épisode du taux plancher par une perte. Aujourd’hui, Jean ne compte pas en rester là. Il a demandé à Saxo Bank, par courrier, de revenir au taux initialement confirmé. Sans réponse.

Jean a aussi écrit à la Finma. Contactée, l’autorité de surveillance des marchés financiers confirme avoir été approchée par des clients de plusieurs banques. Ne souhaitant pas s’exprimer sur des cas individuels, un porte-parole souligne que la Finma est en contact avec des banques mais aussi des assureurs à ce sujet. «Pour voir, d’abord, dans quelle mesure ils sont touchés sur le plan économique, explique-t-il. Et, ensuite, pour récolter des informations sur la manière dont ils ont agi dans cette situation particulière et savoir si leurs systèmes et processus ont fonctionné de manière appropriée.»

Au Danemark, où plusieurs clients de la banque se sont plaints d’avoir subi le même sort que Jean, l’autorité de régulation financière a annoncé vendredi dernier avoir ordonné à Saxo Bank de lui fournir des documents détaillés sur des transactions en francs effectuées le 15 janvier.

Contactée, la banque n’a pas souhaité répondre à nos questions. Concernant «l’incident» du 15 janvier, elle renvoie vers ses communiqués des 16, 19 et 23 janvier. Des communiqués faisant état de clients s’étant «retrouvés avec des garanties de marge insuffisantes pour couvrir leurs pertes sur les positions en francs suisses». Et d’une «perte maximale» de 107 millions de francs pour l’établissement. Le directeur de la banque en Suisse, Antonio Ferrante, précise qu’en «septembre 2014, la banque a averti l’ensemble de ses clients sur les risques liés au franc suisse et elle a en conséquence augmenté les marges sur le franc […]. A l’avenir, nous visons à établir des exigences très fortes dans notre industrie pour permettre un trading responsable et plus sûr», conclut-il.

* Nom connu de la rédaction

«La lecture en ligne du gain et de mon avoir en compte était totalement fausse de 10 à 22 heures»