Alibaba qui sponsorise le CIO, c’est eux. Hisense qui s’allie à l’UEFA, c’est eux aussi. Wanda qui rachète la société zougoise de droits sportifs Infront, c’est encore eux. En une dizaine d’années, Olivier Glauser et son épouse Hong Li se sont imposés comme des interlocuteurs incontournables entre la Chine et le sport business occidental.

Leur société Shankai Sports, fondée en 2010, occupe un créneau qui grandit à vue d’œil. Selon les plans établis par Pékin, l’industrie du sport chinoise devrait peser 800 milliards de dollars d’ici à 2025. «On s’est fixé les mêmes objectifs depuis le début, explique Olivier Glauser, un ingénieur diplômé de l’EPFL: proposer aux détenteurs de droits sportifs de gérer les billets d’un événement, leurs droits TV et médias, le sponsoring et le merchandising.»

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Après treize années passées en Chine, Olivier Glauser et Hong Li sont de retour en Suisse depuis quelques mois. En cette étouffante après-midi de juin, le Vaudois de 47 ans est seul dans leurs nouveaux bureaux. Aux murs sont accrochées des photos des cérémonies d’ouverture des derniers Jeux olympiques. Dans un léger désordre, dont il assure qu’il sera temporaire, traînent toutes sortes de reliques. Un maillot du Brésil dédicacé, une torche olympique qui a servi à Pékin…

Un «ingénieur hardcore»

Olivier Glauser pianote sur sa tablette et tente de refroidir l’atmosphère avec un ventilateur qui n’y parvient pas. Pas de climatisation. Il ne peut pas toucher aux façades extérieures du bâtiment dans lequel se trouve cet appartement de la place Saint-François à Lausanne. «Je ne voulais pas des locaux flambant neufs. Ça, les Chinois connaissent déjà. C’est un endroit comme celui-ci que je cherchais. Avec du charme, du parquet et des moulures au plafond.»

C’est précisément ça que le Lausannois a ramené de Chine: cette compréhension du monde chinois. De ses médias et de ses besoins commerciaux. Cette carrière de «traducteur culturel» n’était pas toute tracée. Avant Shankai, il est passé par Qualcomm, à partir de 1994, où il a travaillé dans le développement de ce qui allait devenir la 3G. «Un professeur de l’EPFL m’avait marqué en expliquant qu’une fois que l’on quitte le métier de pur ingénieur pour rejoindre une société de conseil, une banque ou un autre secteur que l’industrie, on ne peut plus revenir en arrière.» Cette transition sans retour, il l’opère en 2000, en débutant un MBA à Harvard.

La fin de sa vie «d’ingénieur hardcore» marque aussi le début de sa deuxième vie. C’est là qu’il rencontre Hong Li, celle qui va devenir son épouse et son associée. Mais avant qu’elle devienne la mère de ses trois enfants, il est retourné chez Qualcomm, en tant que responsable du fonds de capital-risque en Chine de l’entreprise américaine de semi-conducteurs. En 2007, le groupe Disney l’embauche pour dénicher des perles chinoises dans les domaines des médias, des jeux vidéo, de la communication mobile et des applications.

La Coupe du Monde en Chine? «Le graal»

C’est en 2009 que Shankai prend forme. Hong Li vient du CIO, qui l’a mandatée pour assurer la liaison avec le comité d’organisation des Jeux de Pékin de 2008. Elle a le réseau et elle connaît les deux cultures: la chinoise et l’olympique. Olivier Glauser, lui, a acquis une très bonne connaissance des médias numériques chinois et des télécoms en général. Le couple trouve alors deux autres associés et crée la société. «Il n’y avait rien. Tout était à faire dans un secteur qui allait de toute façon exploser», se souvient Olivier Glauser.

Son premier contrat: la gestion de la billetterie VIP en Chine pour la Coupe du monde sud-africaine de la FIFA, en 2010. Shankai a ensuite commencé à gérer la présence numérique d’organisations sportives dans l’Empire du Milieu. Le Paris Saint-Germain nouvellement qatari sera le premier d’une longue série. Suivront notamment Roland-Garros, l’UEFA et bien d’autres.

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Si le couple est revenu vivre en Suisse, à Pully, c’est pour sa qualité de vie. Aujourd’hui, leur existence est partagée entre Lausanne et Pékin. Car il y en encore fort à faire. D’autres négociations de taille sont en cours. Olivier Glauser ambitionne de faire de Shankai «le leader asiatique dans son domaine».

Le lendemain de notre rencontre, le président de la FIFA, Gianni Infantino, rendait visite au président chinois, Xi Jinping. Olivier Glauser y voit un signe prometteur. Car en ligne de mire, il y a l’éventualité d’une Coupe du monde sur sol chinois. «Ce serait le graal!»