Vin

Un couple de vignerons suisses célébré en Russie

Renaud et Marina Burnier ont acquis un vignoble dans le sud de la Russie et ressuscité un cépage local. Une aventure risquée, récompensée sur place par une médaille d’or du «meilleur vin autochtone»

Il fallait une bonne dose de flair et de persévérance pour y parvenir. Dix-sept ans après avoir acquis des vignes près d’Anapa, dans le sud de la Russie, Renaud Burnier, un vigneron du Vully, voit ses efforts récompensés par ses pairs russes. Le 6 octobre, le Domaine Burnier a reçu la médaille d’or du «meilleur vin autochtone russe» pour son vin rouge Krasnostop 2010, décernée durant le Sommet des vignerons russes 2018.

Krasnostop est le nom d’un ancien cépage rouge qu’on trouve uniquement dans le sud de la Russie. «Son goût est très complexe, avec des couleurs intenses et une grande masse tannique, décrit Renaud Burnier. Il possède une belle acidité qui permet une conservation pendant vingt ans sans problème.» Krasnostop veut dire «pieds rouges» en russe, parce que les vendangeurs piétinant les grappes gardaient les pieds rouges pendant plusieurs jours à cause de la forte teneur en tanin.

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Un retour à l'état sauvage

En dépit de ces qualités, le cépage était retourné à l’état sauvage jusqu’à ce que l’intrépide vigneron suisse ne le ressuscite. L’entreprise n’avait rien de facile. Il fallait affronter le stéréotype, alors dominant, que tout ce qui était russe était inférieur. «Personne ne croyait qu’on pouvait faire du bon vin avec un cépage local, explique-t-il. Ni les Russes ni les spécialistes étrangers. Je pensais au contraire qu’il fallait développer les valeurs du terroir russe, précisément ce qui est autochtone.»

Jusqu’à récemment, tout amateur de bon vin faisait la moue face à une bouteille russe. Gros rouges qui tachent, mousseux outrageusement sucrés et vins douceâtres composés de «matériaux viticoles importés» constituaient l’essentiel de l’offre. Après l’époque soviétique, les ceps autochtones ont été mis de côté au profit des ceps les plus courants. Les agronomes cherchaient à accroître le rendement en se livrant à l’hybridation. La quantité primait absolument sur la qualité.

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A contre-courant du marché

Lorsqu’ils ont fondé le Domaine Burnier en 2001, Renaud et son épouse russe Marina allaient avec une foi de charbonnier à contre-courant du marché. Le Domaine Burnier a mis dès le départ le cap sur des vins gastronomiques. «En Suisse, chacun veut montrer son propre vin et veut se distinguer avec une production du terroir. Je suis venu en Russie avec l’idée que c’était un terroir à explorer. Je savais depuis mes études que le Caucase est la patrie du vin et je pense que ce terroir peut produire les meilleurs vins du monde, estime Renaud Burnier. Ce qui manque ici, c’est le savoir-faire, la discipline, l’expérience, la rigueur dans le travail et l’équipement. Tout cela peut être amélioré. Le climat, la géographie et le terroir… Tout est déjà là!»

Après trois années passées à explorer les vignobles du sud de la Russie, alors qu’il était près de baisser les bras, Renaud Burnier trouve enfin la pépite. Un terrain de 50 hectares idéalement situé à proximité de la cité balnéaire d’Anapa. «Nous avons de très bonnes récoltes chaque année depuis treize ans, le climat est beaucoup plus stable qu’en Suisse. Notre vignoble est à proximité de la mer et il y a toujours du vent, ce qui fait qu’après la pluie, la vigne sèche rapidement. Nous avons peu de champignons et de maladies. Notre autre chance est que les insectes nuisibles sont dévorés par des prédateurs, ce qui nous permet de ne pas utiliser d’insecticides ou de produits chimiques. Il existe ici une belle balance que nous nous efforçons de préserver.»

Les restaurants gastronomiques en vue

Le couple de vignerons ne cherche pas la facilité. Il vise non seulement le marché des restaurants gastronomiques mais s’astreint aussi à suivre les principes biodynamiques, encore plus exigeants que la culture bio. «Nous croyons au cycle lunaire et nous sommes opposés aux apports chimiques. Nous économisons au maximum l’énergie, explique Marina Burnier. Mais en Russie, il y a encore peu de conscience écologique, il n’existe pas encore de certification bio.»

Malgré toutes ces contraintes, le Domaine Burnier est parvenu à l’équilibre opérationnel et s’est trouvé un partenaire russe prêt à investir. Il est vrai que l’esprit du temps a évolué. Dans le sud de la Russie, de Krasnodar à Rostov, il est devenu très à la mode parmi les gens fortunés de posséder des vignes et de produire son propre vin. Le Domaine Burnier produit aujourd’hui huit crus pour une production entre 200 000 et 250 000 bouteilles par an, dont 20% sont exportées (on peut en trouver en Suisse chez Mosca Vins).

La médaille d’or russe signale qu’il est temps de développer la renommée du Domaine Burnier à l’international. «Nous avons pris notre temps, à la suisse, car le vin a besoin de calme, note Marina Burnier. Mais l’année prochaine, nous participerons aux grands concours, à Londres, à Zurich et en Bourgogne.»

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