«En retirant leur soutien aux petites et moyennes sociétés du secteur du négoce, les grandes banques ont ouvert une brèche pour des structures telles que la nôtre», relate Jacques Béglé, ancien coresponsable du financement du négoce de matières premières chez BNP Paribas à Genève. Avec son associé Philippe Steiner, celui-ci vient de convaincre un hedge fund américain de monter un fonds d’investissement de 500 millions de dollars en partenariat avec leur société, Commodity Trade Invest, crée en mars dernier.

A charge pour eux de prêter cette somme à des maisons genevoises actives dans le commerce de produits pétroliers. En pratique, l’argent est déposé auprès d’une banque «partenaire» – les deux associés ne veulent préciser son nom, indiquant simplement que ce n’est pas celle d’où ils viennent – disposant des équipes capables de gérer ces prêts.

Essence et charbon au menu

«Pour les produits pétroliers raffinés, un cargo représente environ 25 millions de dollars; ce qui permet le financement de vingt cargaisons en simultané, assurant ainsi une répartition adéquate des risques pour l’investisseur», détaille Jacques Béglé. «On ne touchera pas au pétrole brut dont l’unité est la centaine de millions de dollars, il serait trop risqué de mobiliser tout l’argent confié sur simplement cinq cargos», poursuit ce vétéran du secteur.

Commodity Trade Invest a également mis au point un second véhicule, destiné à avancer l’argent nécessaire au commerce du charbon. Les souscripteurs visés? Des particuliers ultra-fortunés – ou les officines gérant leur patrimoine – à même d’être convaincus de leur amener un total d’une centaine de millions de dollars.

Sur ce minerai, «la valeur d’une cargaison est cinq à dix fois inférieure à celle d’hydrocarbures comme l’essence; cela signifie qu’avec un apport initial bien inférieur on peut obtenir une diversification identique, voire supérieure, du portefeuille de prêts», détaille Philippe Steiner.

Ces deux véhicules sont présentés comme une alternative aux produits d’investissements dits «du marché monétaire»: les prêts gagés sur les cargaisons d’hydrocarbures ou de charbon transportées dans lesquels ils investissent ne durent pas plus de trois mois. Mais les taux d’intérêt exigés sont bien supérieurs: ils dépassent de 5 à 6 point de pourcentage les rendements obtenus sur des dépôts fiduciaires à court terme.