Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le Biopôle à Epalinges. Les start-up vaudoises actives dans les sciences de la vie ont, à elles seules, récolté plus de 350 millions de francs en 2016, sur une levée totale de fonds de 909 millions de francs. En Suisse, de nombreux acteurs…
© Biopôle

Innovation

Un demi-milliard pour les start-up? Un «début»

La Confédération a annoncé la création d’un fonds privé de 500 millions destiné à l’innovation. Le monde des start-up attend cette somme avec impatience mais souligne qu’elle pourrait vite s’avérer insuffisante au vu de la concurrence internationale

Dimanche, le conseiller fédéral chargé de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, annonçait la mise en place d’un fonds privé de 500 millions de francs destiné à accompagner la croissance des start-up et les ancrer sur sol helvétique. Dans le milieu des start-upers, la nouvelle a beaucoup fait parler. Faute de détails sur la structuration et le rôle exact du fonds, c’est le montant de l’enveloppe qui intrigue. Certains se demandent si ce projet aura un lien avec le Fonds suisse pour l’avenir qui veut encourager les caisses de pension à investir dans le capital-risque.

Un tel fonds aurait-il pu retenir des sociétés telle Biocartis, qui avait recherché des fonds en Suisse pendant plusieurs mois avant de s’expatrier? Le président Macron, qui veut convertir la France en «start-up nation», a promis mi-juin de leur consacrer un budget de 10 milliards d’euros, soit 20 fois plus qu’en Suisse.

Montrer plus d’ambition

Nasri Nahas, directeur du Biopôle à Epalinges, voit dans la Swiss Entrepreneurs Foundation une «excellente initiative et une prise de conscience politique» mais espère que «ce fonds n’est que le début d’une stratégie plus longue et encore plus ambitieuse». Pour lui, la somme reste modeste en comparaison internationale et vu le dynamisme de la Suisse. Les start-up vaudoises actives dans les sciences de la vie ont, à elles seules, levé plus de 350 millions de francs en 2016, sur une levée totale de fonds de 909 millions de francs. Un montant en hausse de 35% par rapport à l’année précédente, selon le rapport 2017 Swiss Venture Capital.

En Suisse, de nombreux acteurs rappellent qu’il y a une difficulté à trouver des financements au-delà des premiers 2 à 3 millions de francs. Les fonds d’amorçage sont relativement faciles à trouver. Par contre, il y a ce qu’on appelle communément une «vallée de la mort», lorsqu’il s’agit de lever entre 2 à 10 millions de francs nécessaires entre la preuve du concept et la commercialisation.

Grandir plus vite

Conséquence: les start-up sont contraintes de se tourner vers l’étranger et/ou perdent un temps précieux dans une compétition toujours plus mondialisée, rappelle Christophe Guichard, directeur du fonds genevois Eclosion, qui finance des projets en lien avec les sciences de la vie. «Aux Etats-Unis, les start-up ont la capacité de lever très rapidement 15 à 20 millions. Cela leur donne tout de suite une visibilité à trois-quatre ans jusqu’à la preuve de leur concept.»

L’approche européenne, plus incrémentale et basée sur le financement de la prochaine étape, ralentit le développement des sociétés en leur faisant perdre du temps, notamment dans la phase d’exploitation de leurs brevets, souligne Christophe Guichard. «Le temps court dès le moment où la molécule est brevetée. Un ou deux ans de retard, cela peut se traduire par des différences significatives en termes de valorisation.»

Séduire les investisseurs étrangers

Le lancement d’un nouveau fonds devrait permettre de combler partiellement cette lacune. Mais aussi, et c’est tout le paradoxe, d’attirer plus de capitaux étrangers. Pour trouver ces fonds de croissance, les start-up doivent aujourd’hui se tourner vers les fonds de capital-risque étrangers. Mais, comme l’explique Juliette Lemaignen de la Fondation Inartis à Renens, chargée notamment de l’accélérateur MassChallenge Suisse, dédié aux start-up: «Ces derniers sont généralement prêts à suivre à la condition d’avoir l’engagement d’un investisseur principal (lead), sur le territoire, ce qui est compliqué à obtenir.»

Antonio Gambardella, directeur de l’incubateur Fongit à Genève, abonde dans ce sens: «Depuis l’extérieur, c’est toujours rassurant de savoir que l’on peut s’appuyer sur une structure locale qui connaît mieux le contexte et qui a fait la due diligence et qui pourrait même devenir avec le temps un acteur de référence.» Et le chef de la Fongit de citer les fonds américains Sequoia, Accel ou Index, dont la seule présence au capital d’une start-up suffit à attirer d’autres investisseurs.

Pour Juliette Lemaignen, une version «Swiss made» de ces fonds est «indispensable à la croissance du pays sur le long terme. Idéalement, il faudra le faire grossir pour atteindre le seuil critique du milliard de francs.»

Afflux d’argent facile

Un enthousiasme qui n’est pas du goût de tout le monde. Certains analystes mettent déjà en garde contre l’afflux d’argent facile, en rappelant qu’il y a une décennie des banques suisses s’étaient déjà réunies pour lancer un fonds destiné à l’innovation. «C’est un métier capital-risqueur, souligne cet observateur du milieu des start-up qui n’a pas souhaité être nommé. A l’époque, on avait atteint des valorisations irréalistes de start-up qui avaient fini par tuer l’innovation.»

UBS, Credit Suisse et La Mobilière figurent parmi les premiers contributeurs de la Swiss Entrepreneurs Foundation, qui a déjà levé 300 millions de francs.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)