La succession à la présidence de la BNS porte en germe deux questions délicates. La première tient à l'onde de choc que pourrait créer l'arrivée à sa direction générale de Niklaus Blattner. Le vide qu'il créera pourrait-il signifier un potentiel éclatement de l'ASB? On pourrait formuler ainsi la seconde question: quel Romand pourrait un jour succéder au Valaisan Jean-Pierre Roth à la direction générale de la banque centrale?

L'ASB d'abord. Certes, l'affaire des fonds en déshérence mais aussi l'attitude hégémonique des deux grandes banques dans différents dossiers techniques ont montré qu'il y avait en Suisse deux grands établissements et beaucoup d'autres petits. Ces derniers devant plus souvent qu'à leur tour serrer les fesses pour céder aux quatre volontés des deux premiers. Du coup, une ASB ouvertement aux ordres de la Bahnhofstrasse apparaîtrait comme insupportable aux yeux de toutes les autres banques.

L'équilibre des forces qui y règne est donc instable. Niklaus Blattner a essayé de le cimenter. Son départ, s'il se concrétise, peut réveiller les luttes intestines. Son successeur aura fort à faire pour préserver une cohésion de façade. Il risque d'avoir surtout à gérer le réveil d'autres associations faîtières de la profession. Celles des banques cantonales, des banques régionales, des banques étrangères ou des banquiers privés qui profiteront d'une vacance dans le leadership pour s'affirmer. Au détriment, malheureusement, d'une défense cohérente de la place financière suisse.

Répondre à la seconde question est tout aussi délicat. Traditionnellement, il doit en effet y avoir un Romand à la direction générale de la BNS. Mais est-ce une obligation? Si ce bout de pays ne veut pas avoir à faire une nouvelle partie d'introspection sur ses mérites comparés face à la toute-puissance économique, et politique de la Suisse allemande, ses élites doivent se réveiller. C'est dès maintenant qu'il leur faut chercher et trouver celui qui, déjà présent à la BNS ou issu du monde économique et financier francophone, pourra représenter la Suisse romande après Jean-Pierre Roth. Le trouver permettrait de tester si la Suisse romande existe encore. Economiquement.

P. Ct