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La monnaie américaine profite de la fin de l'ère des taux zéro aux Etats-Unis
© Karen Bleier / AFP

Monnaie

Un dollar fort, mais pas trop

La devise américaine est au plus haut depuis 2003. Elle profite de la fin des taux zéro et de l’effet Trump. Mais un dollar trop fort pourrait nuire aux ambitions du nouveau président

Le dollar fait son retour. Il contredit à nouveau ceux qui l’avaient enterré. Depuis ses moments les plus difficiles, en 2011, le «greenback» a rebondi de 40%. Et sa remontée s’accélère ces derniers mois.

Lire également notre éditorial: Si Donald Trump était une bulle

Toutes les principales monnaies avec lesquelles le dollar s’échange peuvent en témoigner. Contre l’euro, le dollar flirte avec la parité. Il faut désormais 118 yens pour se payer un dollar, comme avant la crise des subprimes. La livre sterling, elle, n’a pas été aussi faible depuis la fin des années 1980 face au dollar. Quant au franc, il voit le billet vert le dépasser depuis quelques semaines.

Une question de taux d’intérêt

On pourrait arguer que si la monnaie américaine revient sur le devant de la scène, c’est parce que, malgré la création de la zone euro ou la montée en puissance de la Chine, elle a conservé son statut de monnaie d’échange. Le pétrole, l’or et toutes les autres matières premières se traitent toujours en dollars. Parce que les coffres des banques centrales du monde entier sont surtout remplis de billets verts et, enfin, parce que les Etats-Unis restent la première puissance économique mondiale.

De manière plus pragmatique, si le dollar remonte, c’est surtout une question de taux d’intérêt – et d’investisseurs en quête de rendements, dans un monde où les taux sont à zéro. Parmi les grandes économies développées, les Etats-Unis sont les seuls à avoir commencé à sortir de cette décennie de politiques monétaires ultra-accommodantes.

En Europe, au Japon ou au Royaume-Uni, tout comme en Suisse d’ailleurs, non seulement les taux sont au plancher, parfois même en dessous, mais les banques centrales n’ont pas encore fini d’injecter des liquidités – les unes pour relancer la croissance, les autres pour éviter la déflation et une dernière pour affaiblir sa monnaie. Les capitaux s’orientent donc logiquement vers la zone monétaire qui offre un semblant de rémunération sur les intérêts.

Ça, c’est pour la lame de fond. Elle a débuté en 2014, lorsque la Réserve fédérale (Fed) a mis un terme à son programme d’assouplissement quantitatif, le fameux «QE», pour «Quantitative easing». Début 2015 déjà, la grande majorité des économistes prédisait une remontée graduelle des taux aux Etats-Unis. Celle-ci débute avec du retard, mais elle est bel et bien en marche, puisque la Fed a relevé ses taux mi-décembre, de 0,50% à 0,75%. C’est la deuxième fois depuis fin 2015, et trois autres hausses sont agendées pour 2017.

Un trésor expatrié de 2500 milliards

Mais depuis six semaines, le dollar bénéficie d’un autre soutien, plus inattendu. C’est l’effet Donald Trump. Depuis le 8 novembre et son élection surprise, la monnaie américaine a gagné 5% face aux autres principales devises. C’est que Républicain a promis, durant sa campagne, un plan de relance par des investissements dans les infrastructures.

Une autre promesse de Donald Trump pourrait pousser le dollar à la hausse. Le nouveau président veut réduire drastiquement la fiscalité des entreprises. Les taxes pourraient passer de 35% à 15%.

Si Trump parvient à ses fins, les milliards d’euros, de yens ou de livre sterling de bénéfices conservés par les entreprises américaines dans des pays fiscalement plus accueillants pourraient faire leur retour au pays. Les multinationales étasuniennes ont accumulé un trésor de guerre équivalent à 2500 milliards de dollars à l’étranger.

Certains éditorialistes ont souligné qu’un «dollar puissant» – c’est ainsi que l’a rebaptisé The Economist, sied bien à la posture du nouveau président républicain et de son idée d’une Amérique «great again». Cependant, un dollar trop «puissant» pourrait contrarier les plans de Donald Trump.

Si les biens importés deviennent mécaniquement moins chers, cela pourrait devenir un frein à sa grande ambition: la réindustrialisation des Etats-Unis et sa lutte contre le «Made in China» ou, plus généralement, contre les pays à bas coûts qui hébergent la production et la sous-traitance des entreprises américaines.

Un dollar pour un franc fort

Les projections de certains spécialistes peuvent néanmoins le rassurer. Pour UBS, par exemple, le dollar ne deviendra pas beaucoup plus fort qu’il ne l’est déjà. «Les trois hausses de taux de 2017 sont déjà intégrées dans les cours de changes, estime l’économiste Alessandro Bee. Cela réduit le potentiel d’une nouvelle appréciation du dollar. Et cela ouvre la porte à une surprise du côté de l’euro, lorsque le programme d’assouplissement quantitatif de la BCE s’approchera de la fin». Ainsi, l’expert d’UBS parie que l’euro remontera vers 1,10 dollar, contre 1,0450 actuellement. A moyen terme, prévoit-il aussi, le dollar équivaudra à un franc qui, lui est toujours aussi fort.

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