Automobile

Un entrepreneur anglais veut relancer une voiture tout-terrain mythique

Le groupe britannique Ineos, propriété de Jim Ratcliff, veut produire un 4x4 sur le modèle du Land Rover Defender, qui a été arrêté après sept décennies de bons et loyaux services

C’est l’histoire d’un milliardaire qui ne savait pas quoi faire de son argent. «J’aurais pu acheter une équipe de football», s’amuse Jim Ratcliffe, le patron d’Ineos, une entreprise pétrochimique britannique de 17 000 employés. A la place, après une discussion avec des amis un soir de 2015 dans un pub du centre de Londres, il a décidé de se lancer dans la production automobile. Son rêve: relancer le Defender, l’icône historique dont Land Rover a cessé la production il y a deux ans, après sept décennies de bons et loyaux services.

Aujourd’hui, ayant mis sur la table un budget de 650 millions de livres (848 millions de francs), revoilà Jim Ratcliffe dans le même pub, Le Grenadier – nommé ainsi en l’honneur de la défaite du régiment français des Grenadiers à Waterloo. Cette fois-ci, l’idée commence à prendre forme. A Ineos, une douzaine de personnes s’y consacrent à temps plein, et pilotent près de 500 sous-traitants, qui travaillent au design et à l’ingénierie. Le site internet vient d’être lancé, première phase de la communication auprès du grand public.

Conduite tout-terrain, design et fiabilité

Le chef d’entreprise veut faire passer un message: son travail n’est pas une lubie de milliardaire. «Ce n’est absolument pas un projet de pure vanité. S’il ne rapporte pas d’argent, je serai très contrarié.» Sa vision vient de ses séjours en Afrique, où il se rend régulièrement en vacances. «Sur place, j’utilise toujours un Land Rover. Hors des routes, c’est ce qu’il y a de mieux.» Quand Tata, le propriétaire indien de Jaguar Land Rover, a annoncé qu’il arrêtait la production du Defender, le milliardaire s’est étonné. Il a entamé des négociations avec le constructeur automobile pour voir comment la relancer, mais celles-ci ont tourné court.

Alors, il rêve aujourd’hui de faire le même véhicule, mais en mieux. «Pour les 4x4, il y a un triangle d’or: la qualité de la conduite hors des routes, le design, et la fiabilité. Le Defender maîtrisait les deux premiers, mais il tombait tout le temps en panne. Inversement, le Land Cruiser (de Toyota) est bien hors des routes, ne tombe pas en panne, mais il n’est pas cool. Notre objectif est d’être fort sur les trois points du triangle.»

Pas de folie des grandeurs

Pas question pour autant de tomber dans la folie des grandeurs. L’ambition est de vendre environ 25 000 véhicules par an, là où Land Rover en a écoulé 430 000 l’an dernier. Le prix envisagé est autour de 35 000 livres (45 600 francs).

L’homme d’affaires britannique a l’habitude de trouver des niches que personne ne voit. En 1998, il a lancé Ineos, une entreprise qui a racheté un peu partout dans le monde des usines pétrochimiques que les géants pétroliers ne voulaient plus. En réduisant drastiquement les coûts – il est très dur en affaires –, Jim Ratcliffe en a fait un groupe mondial, au chiffre d’affaires de 40 milliards de dollars (38,8 milliards de francs).

Appel aux sous-traitants

Fort de ce succès, il s’est lancé il y a trois ans dans le gaz de schiste au Royaume-Uni. Il espère commencer à forer ses premiers puits d’exploration au début de l’année prochaine. Mais cette diversification a un sens stratégique évident: le gaz produit peut lui servir dans ses propres usines.

Cette fois-ci, dans un secteur qui n’a rien à voir, où il n’a aucune expérience, l’homme a-t-il la moindre chance de réussir? «On est dans l’industrie chimique, c’est très compliqué. Une voiture est bien plus simple», veut-il croire. C’est particulièrement vrai maintenant que la production automobile est devenue largement l’affaire de sous-traitants, qui produisent l’essentiel des voitures. Rien n’empêche Ineos de faire appel aux mêmes entreprises.

Le défi n’en reste pas moins immense, en particulier le design, dont il faut conserver l’esprit originel tout en respectant les nombreuses régulations modernes de sécurité. Le risque est de faire ce que le patron d’Ineos appelle un «moule à gelée», ces 4x4 modernes sans caractère. «Si c’est le cas, on ne se lancera pas. Mais je crois qu’on y arrivera.» Il promet de dévoiler la voiture courant 2018, pour une production «fin 2020».

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