Le Tribunal correctionnel de Genève a reconnu coupable d’escroquerie par métier et de faux dans les titres un ex-gérant de fortune français qui avait élaboré un système financier frauduleux au préjudice de ses riches clients. L’homme a été condamné à trois ans de prison, dont 18 mois fermes.

Il a également été reconnu coupable d’abus de confiance qualifié, de blanchiment par métier et de dénonciation calomnieuse. Le Tribunal a en revanche acquitté vendredi l’ex-gestionnaire sur de nombreux points, en raison du for qui n’était pas établi en Suisse ou de doutes qui lui ont profité. Les faits antérieurs à 2007 étaient prescrits.

Le Niçois de 48 ans était accusé d’avoir détourné plus de 60 millions de francs. Au final, le tribunal a retenu un montant de près de 40 millions de francs. Les juges n’ont pas réussi à déterminer le bénéfice que cet ex-as de la finance aurait accumulé grâce à l’escroquerie. Le Ministère public avait chiffré ce gain à 9 millions de francs.

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L'appât du gain comme motivation

Selon les juges, il ne fait pas de doute que l’appât du gain était à l’origine des agissements de cet homme au charisme indéniable. Depuis le début de sa carrière dans le milieu de la banque privée en 1998, il se livrait à une escroquerie selon le schéma de la pyramide de Ponzi.

Les faits retenus par la justice genevoise se sont déroulés entre 2007 et 2013. Afin d’attirer de riches clients, il les arrosait de somptueux cadeaux. Mais ces cadeaux n’en étaient pas vraiment: ils étaient payés avec les fonds des clients, à leur insu. Incapable d’annoncer des pertes, le gestionnaire les masquait en se servant dans des comptes d’autres clients.

Il a ainsi travaillé dans différents établissements bancaires privés, principalement à Londres, au gré des opportunités qui se présentaient. En 2005, il a intégré une société de gestion de fortune basée à Genève et qui avait été créée dans le sillage d’une banque privée en faillite depuis.

Une fuite en avant

La société de gestion et la banque privée ayant presque le même nom, la confusion était possible. Le prévenu a profité de cette confusion et l’a même entretenue pour faire croire à ses clients que leurs fonds étaient en sécurité, relève le Tribunal.

Lors de son procès à Genève, l’homme qui suit une psychothérapie depuis huit ans s’est dit honteux et a reconnu une grande partie des faits. Il a expliqué avoir agi de la sorte afin de garder l’image de quelqu’un qui réussit. Cette fuite en avant lui a finalement fait perdre pied. Il a en revanche réfuté toute préméditation, ce que le Tribunal n’a pas cru, et a catégoriquement réfuté avoir un magot caché quelque part.

L’ex-golden boy a déjà été condamné pour des faits similaires par la justice luxembourgeoise en 2017 à quatre ans de prison. Le Tribunal correctionnel de Genève a tenu compte de son incarcération d’une année au Luxembourg pour fixer sa peine. La longueur hors norme de la procédure, soit près de neuf ans, a aussi pesé dans la balance en faveur du prévenu.

Les juges ont aussi retenu les regrets sincères exprimés à plusieurs reprises et sa bonne collaboration, notamment suite à sa reddition aux autorités en 2013 alors qu’il allait être démasqué. Sa prise de conscience n’est toutefois pas pleinement aboutie.

Le Ministère public ne fera pas appel

Le Ministère public qui avait requis quatre ans et demi de prison ne fera pas appel. La défense est quant à elle satisfaite de ce jugement «équilibré» qui s’éloigne de l’acte d’accusation. Elle ne fera pas non plus appel.

Cette longue procédure est donc terminée à Genève. Certains plaignants recevront des indemnités, mais beaucoup de faits étant prescrits, d’autres devront faire une croix sur des remboursements.