Une euro faible ne suffirait pas à relancer l’Europe

Zone euro Le renchérissement des importations pénaliserait les consommateurs et l’industrie

Seulement quatre pays sont fortement orientés vers les exportations

La faiblesse de l’euro est une bonne nouvelle pour les exportations européennes. Elle n’est toutefois pas la sinécure qui donnera une grande impulsion à la croissance dans la zone euro. C’est l’avis de Hosuk Lee-Makiyama, directeur du Centre européen de l’économie politique internationale (Ecipe), un centre d’études et d’analyses sis à Bruxelles. «Le yen s’est déprécié au fil des années, mais cela n’a pas conduit à une hausse spectaculaire des exportations japonaises et encore moins à un rebond de l’économie nipponne», explique-t-il.

Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques, une dépréciation de l’euro de 10%, couplée avec la baisse des prix énergétiques, devrait théoriquement se traduire par un gain de croissance de 0,5% du produit intérieur brut (PIB) sur un an.

La monnaie européenne ne cesse en effet pas sa lente dépréciation depuis l’été dernier. Plus particulièrement depuis que le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a laissé entrevoir les perspectives d’un assouplissement monétaire. Le mouvement s’est encore accentué depuis le 1er mars, date d’entrée en vigueur de l’opération qui consiste à racheter des obligations souveraines des Etats de la zone euro à hauteur de 60 milliards d’euros par mois, de mars 2015 à septembre 2016 et «au-delà si nécessaire». Ainsi l’euro s’est rapproché encore un peu plus de la parité avec le dollar, s’échangeant à 1,054 lundi. Depuis l’été dernier, la dépréciation a été de 20%.

Il y a de quoi réjouir les exportateurs européens qui se voient gagner de nouvelles parts de marché grâce à leurs produits devenus plus compétitifs. Or Hosuk Lee-Makiyama met en garde contre tout enthousiasme surfait. «Sur les 19 pays de la zone euro, seulement quatre ont leur économie largement tirée par les exportations, à savoir l’Allemagne, la Finlande, les Pays-Bas et la Belgique. Pour les autres, l’impact serait marginal.» En France par exemple, les exportations hors zone euro ne représentent que 11% de son PIB. «Le recul de l’euro est salutaire, mais ne résout pas le problème de la compétitivité, de l’insuffisance des investissements, plus particulièrement dans l’innovation», dit-il.

Par ailleurs, le prix n’est pas l’unique critère qui détermine le choix d’achat de produits technologiques, explique le directeur de l’Ecipe. Dans ce créneau, c’est l’investissement dans la recherche et développement (R&D) qui sont décisifs. Or, ni l’Allemagne ni la zone euro dans son ensemble n’ont fait l’effort nécessaire ces dernières années.

Dans un autre registre, les gains liés aux exportations ne sont pas nécessairement immédiats. Par exemple, une dépréciation de 20% de l’euro met Airbus définitivement dans une meilleure situation face à Boeing, son concurrent américain. Mais le constructeur aéronautique européen devra attendre 2018 pour intégrer pleinement la baisse de l’euro. Pour cause, les fluctuations des taux de change sont couvertes pour 2015, 2016 et 2017.

L’industrie automobile, surtout allemande, qui exporte BMW et Audi tant en Asie qu’aux Etats-Unis, est désignée comme l’un des plus grands gagnants. Hosuk Lee-Makiyama relativise. Il fait remarquer que les constructeurs européens achètent une bonne partie des pièces détachées aux Etats-Unis, en Chine ou encore en Turquie et qu’un euro plus faible renchérit les importations. La bonne nouvelle toutefois est que cette réalité pourrait pousser des industriels dans des Etats tiers à s’approvisionner davantage auprès des fournisseurs de la zone euro. Selon une enquête de Reuters publiée la semaine passée, Uli Spiesshofer, directeur d’ABB, a dit «chercher à profiter davantage de ses fournisseurs basés en zone euro».

Les consommateurs, eux, ressentiront l’impact de la faiblesse de l’euro sur les prix des produits courants importés des pays hors de la zone euro: ils coûteront plus cher et pèseront sur leur pouvoir d’achat. Des économistes prévoient même une baisse des importations à hauteur de 2%. Dès lors, ils craignent que les pays émergents adoptent la stratégie de la dévaluation compétitive pour gagner eux aussi des parts de marché.

«Le recul de l’euro est salutaire, mais ne résout pas le problème de la compétitivité et le manque d’innovation»