Données volées

Un ex-banquier remet des documents à WikiLeaks

Deux jours avant son procès à Zurich, l’ancien cadre de Julius Baer, Rudolf Elmer, livre deux CD, pour combattre la fraude fiscale dit-il

Sous ses airs de star médiatique, Julian Assange s’est livré à un exercice contre-nature, lundi lors d’une conférence de presse organisée au Frontline Club de Londres. C’est sous le crépitement des flashs dans une salle comble de journalistes que l’Australien de 39 ans, qui avait créé le site WikiLeaks en 2006 pour garantir l’anonymat de ses sources, s’est fait remettre en main propre deux CD contenant les données de 2000 comptes d’au moins trois institutions bancaires.

Son informateur, Rudolf Elmer, avait déjà fourni des documents internes et les noms d’une quinzaine de clients de la banque Julius Baer à WikiLeaks en 2007. L’ancien cadre en poste aux îles Caïmans est poursuivi en Suisse pour violation du secret bancaire. «On m’a offert de l’argent, mais j’ai refusé, dit Rudolf Elmer. Puis on a jeté le doute sur ma santé mentale pour me décrédibiliser.»

Deux jours avant l’ouverture de son procès à Zurich, Rudolf Elmer persiste. Les données qu’il a transmises hier à Julian Assange concernent «2000 entreprises et personnes physiques qui abusent des juridictions offshore» pour frauder le fisc, a-t-il précisé, mal à l’aise face aux questions des médias. Le Suisse s’est montré peu disert sur la provenance de ces données. Il dit avoir été contacté par «plusieurs personnes» après la fuite de 2008, des banquiers comme lui qui se seraient montrés «choqués parce qu’ils ont vu». «Nous procéderons avec ces informations comme avec toutes les autres que nous recevons: nous les analyserons et nous les rendrons publiques», a indiqué Julian Assange. Pour Jack Blum, un avocat américain qui conseille Rudolf Elmer, «ces informations contribuent à démontrer l’existence d’un système destiné à entretenir l’opacité financière. En outre, il est particulièrement ironique que Rudolf Elmer soit jugé en Suisse alors qu’UBS vient de livrer les noms de milliers de clients avec la protection du gouvernement», note Jack Blum. «Le but de (Rudolf Elmer) est de jeter le discrédit sur la banque et ses clients auprès du public, a prévenu Julius Baer dans un communiqué vendredi. Ses accusations sans fondement se basent sur des documents confidentiels qui ont été transmis aux médias, puis à WikiLeaks», précise la banque. Avant de se tourner vers WikiLeaks en 2008, Rudolf Elmer avait fourni une copie des documents dérobés en 2002 à des journaux suisses, dont le magazine alémanique CASH. Seul ce dernier avait rendu compte de l’affaire, mais sans dévoiler le contenu des documents. «Je respecte les médias suisses, a commenté Julian Assange, mais il faut constater qu’ils ont fait preuve de réticence: ils ont parlé de la fuite, mais pas de ce que les documents contenaient.»

Des millions perdus

Julius Baer avait intenté un procès contre WikiLeaks aux Etats-Unis après la divulgation de ces informations en 2008. La banque suisse était parvenue à faire bloquer temporairement le nom de domaine wikileaks.org, ce qui avait attiré l’attention des médias sur l’affaire.

Julian Assange évoque aujourd’hui le bras de fer de 2008 avec la banque suisse comme «le premier grand test» du «système» WikiLeaks, qui en serait sorti gagnant. «L’injonction de Julius Baer a été annulée et la banque a dû repousser son entrée en bourse, ce qui lui a coûté des centaines de millions», s’est félicité Julian Assange. Après cet épisode, «les plus fortes pressions juridiques contre nous sont toujours venues des banques, résume l’Australien. Sans succès.»

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