Le juriste en chef de la banque d'investissement d'UBS aux Etats-Unis versera 6,5 millions de dollars à l'Etat de New York pour mettre un terme à une procédure civile lancée contre lui en août dernier. Les informations révélées mardi par le procureur Andrew Cuomo expliquent comment David Aufhauser, 57 ans, s'est rendu coupable de délit d'initié. Ce haut cadre de la banque a donné l'ordre à son gérant de vendre son portefeuille personnel d'Auction Rate Securities (ARS), en décembre 2007, quelques minutes après avoir reçu un e-mail confidentiel prédisant la déconfiture du marché.

UBS a conclu un accord avec le procureur Andrew Cuomo en août, s'engageant à racheter pour 18,6 milliards de dollars d'ARS à ses clients. Le procureur dit vouloir poursuivre son enquête. Selon lui, sept managers d'UBS ont vendu pour 21 millions de dollars d'ARS détenus à titre privé durant les trois mois précédant l'effondrement. David Aufhauser avait rejoint UBS en 2004. Il occupait auparavant le poste de responsable juridique du Département du Trésor américain et avait participé à plusieurs enquêtes sur des affaires de fraude pour le Département de la justice. En tant que juriste en chef de la banque d'investissement, il supervisait près de 800 avocats et était notamment responsable de l'application des règles de compliance.

«Aussi sûrs que du cash»

Le cadre avait touché un bonus de 6 millions de dollars en remettant sa démission en août, malgré l'ouverture de l'enquête par le procureur Andrew Cuomo. David Aufhauser, qui est resté payé par UBS comme consultant jusqu'à fin septembre, a accepté de reverser cette somme, plus une amende de 500000 dollars, à l'Etat de New York.

Les documents de justice rendus publics par le procureur citent une série d'e-mails reçus par David Aufhauser sur son BlackBerry dans le train qui le ramenait de New York à Washington le 14 décembre 2007. Dans un de ces messages, le responsable de l'évaluation des risques d'UBS faisait état des premières graves difficultés rencontrées sur le marché des ARS.

Les ARS sont des obligations dont le taux d'intérêt est réactualisé par le biais d'enchères, permettant en théorie à l'investisseur qui les détient de s'en défaire très facilement. UBS décrivait ces placements comme «aussi sûrs que du cash» jusqu'en février dernier, lorsque le marché s'est soudainement asséché suite à la crise financière.

L'e-mail reçu par David Aufhauser prouve que la banque songeait à se retirer du marché des ARS en décembre déjà. Le responsable des risques expliquait que le marché rencontrait des «problèmes de digestion» (sic). Il précisait qu'UBS détenait pour 3 milliards d'ARS et prévenait du danger qu'il y avait à amasser «encore plus de ces papiers». Le contrôleur proposait de prêter attention à l'attitude des concurrents: «S'ils arrêtent de soutenir les enchères, nous aurons plus de liberté pour le faire nous aussi.» L'e-mail évoquait la possibilité de cesser de racheter les ARS qui ne trouvaient plus preneur, notant que la banque aurait alors à «se détacher de son obligation morale de soutenir ces trucs».

Dix minutes après avoir reçu ce message, David Aufhauser le transmettait à deux autres avocats d'UBS et envoyait un e-mail à son gérant: «Je veux sortir des ARS. Parlons-en lundi.» Dès la semaine suivante, ses 250000 dollars d'ARS avaient été liquidés de son portefeuille.

Début février 2008, David Aufhauser fut informé que deux cadres de la banque avaient vendu leurs stocks personnels, la tâche lui incombant alors d'enquêter sur un possible délit d'initié. Pris de panique, l'avocat envoya un nouveau message à son gérant, le 12 février, lui donnant l'ordre de racheter tous les titres qu'il avait vendus en décembre. Sans succès. Le lendemain, UBS annonçait son retrait du marché des ARS.