Un fonds investi en or et lancé le 18 novembre a attiré 1,5 milliard de dollars en moins de deux mois. Le StreetTracks Gold Trust enregistre ainsi le plus grand succès commercial, en une aussi brève période de temps, depuis que les exchange traded fund (ETF) ont été créés, en 1993. Les ETF copient généralement un indice, dans ce cas il suit simplement le cours du métal jaune.

La demande a été induite par des gérants qui cherchent à suivre le mouvement haussier de l'or. Il a débuté il y a presque quatre ans. Elle a aussi été entraînée par la volonté de certains gérants, de se couvrir contre le recul du dollar. Cependant ces deux phénomènes se sont interrompus depuis le lancement du fonds. L'or a atteint un sommet le 6 décembre, moins de trois semaines après le lancement. Quant au dollar, il a atteint son creux à la fin de l'année. Résultat: le prix du fonds est en recul de 4% depuis son lancement. Malgré cela, les achats se sont poursuivis. «Nous utilisons cet instrument pour placer nos liquidités» explique Gregory Orell, un gérant californien. «Je pense que je m'y intéresserai sérieusement dès le mois de mai, lance Vaughn Francis, d'une société de gestion de fonds de Minneapolis, entre les mois de mai et d'août, l'or connaît une baisse saisonnière.»

Utiliser un fonds pour acheter le métal jaune est un moyen coûteux, estime Stuart Flerlage, un gérant de New York. Selon le prospectus d'émission du fonds, les investisseurs paient 0,4% de frais annuels pour les dépenses du fonds. «Il est bien plus avantageux d'acheter l'or physique ou des contrats à terme.» Mais un ETF ne vaut qu'un dixième du prix de l'once d'or, ce qui le rend accessible à de petits investissements. A ces frais, les investisseurs suisses qui choisiraient ce titre – les ETF sont également considérés comme des actions – paient en plus les frais de dépôt bancaire. Ils s'élèvent souvent à 0,2% par an. Cependant, dans le cas de l'or détenu physiquement, l'investisseur doit supporter les frais de location d'un coffre.

James Turk, le fondateur d'une société qui stocke de l'or pour des tiers estime que l'ETF sur l'or est un produit risqué. En effet, le métal qui sert de sous-jacent est détenu par des banques dépositaires; certaines étant qualifiées de dépositaires déléguées. Le prospectus d'émission signale que le World Gold Council, une association de sociétés minières aurifères qui promeut le fonds, «ne prend pas la responsabilité de contrôler les performances» des dépositaires déléguées. Il n'a pas «nécessairement le droit de visiter les entrepôts». «L'or est votre actif ultime, vous ne voulez prendre aucun risque avec, note James Turk, mais vous en prenez un quand vous achetez un fonds qui n'a pas tous ses actifs audités.»