Chez HSBC Private Bank (Suisse) SA, le grand déballage commence. Et, après l’émoi suscité dans ses rangs par la livraison des noms de plus d’un millier de ses collaborateurs aux autorités américaines, le linge sale ne se lavera pas qu’en famille. Dans une plainte civile déposée jeudi à Genève, un des anciens membres de sa direction demande à se voir fournir une copie de «l’intégralité des documents, fichiers, profils et autres» le concernant ayant été transmis aux autorités américaines.

Pour rappel, poursuivie aux Etats-Unis pour avoir organisé un programme d’évasion fiscale à vaste échelle, la première banque étrangère du pays espère s’attirer la clémence de la justice américaine en dénonçant ses employés. HSBC Private Bank (Suisse) SA a ainsi fourni des détails sur les deux tiers de son personnel – ou ex-personnel –, des informations remplissant l’équivalent de quelque 30 000 pages. Dans le cas de ce cadre supérieur, depuis recasé dans un autre établissement – raison pour laquelle il ne veut pas que son nom apparaisse –, ces documents concernent la copie de son passeport, le détail de ses fonctions au sein de la banque ou des courriels envoyés ou reçus des Etats-Unis ces dix dernières années. La réponse de la banque, reçue début juillet, n’a rien fait pour apaiser l’ancien responsable d’une division «sans contact direct avec la clientèle». Il est vrai que, dans sa lettre, son ex-employeur se borne à lui répéter que «la communication de ces documents aux autorités américaines […] est dans l’intérêt de toutes les parties impliquées». Tout en lui signifiant que, si elle l’a dénoncé, ce n’est «nullement lié à de quelconques soupçons à votre encontre».

Celui qui était membre de la direction de HSBC Private Bank (Suisse) SA jusqu’en 2008 a donc écrit à la présidente de la Confédération, Eveline Widmer-Schlumpf. Puis au préposé fédéral à la protection des données. Il a fini par déposer cette requête devant le Tribunal de première instance genevois, afin d’obtenir copie de «tous les procès-verbaux du conseil d’administration de la banque, de sa société holding ou du groupe traitant de la question de la transmission de données personnelles et confidentielles d’employés ou d’ex-employés». Et souhaite également que soit communiquée une copie de «la demande américaine» qui avait été adressée à la banque afin que celle-ci livre des informations sur ses employés.

Les motivations de cette plainte qui fait écho à celle déposée par l’ex-responsable juridique de la banque? Alors qu’il se rend régulièrement aux Etats-Unis, où il a des attaches, ce dernier dit avoir appris en juin, «dans la presse», l’ampleur de cette délation. Ce qui le «menace gravement» d’être «arrêté, voire incarcéré, pour un crime parfaitement inexistant en Suisse». Il aurait donc besoin de la copie de ses fichiers afin de «montrer sa bonne foi» en cas d’arrestation.

Plus prosaïquement, il admet que leur obtention lui permettrait de se «déterminer sur les indemnisations qu’il pourrait demander». Pourtant, l’ex-directeur de HSBC assure que son action en justice est également intentée au nom des «employés ou ex-employés qui n’ont jamais été en contact avec la clientèle – souvent des «petites mains» et dont «beaucoup ne savent pas encore qu’ils font partie d’une délation». Contacté tard dans la journée d’hier sur cette procédure, un porte-parole indiquait que la banque n’avait pas encore pu suffisamment étudier cette plainte pour y réagir.

«Beaucoup d’employés ne savent pas encore qu’ils sont visés par une délation dela banque»