Inconnu en terres de gestion de fortune, Antonio Horta-Osorio n’a jamais figuré parmi les candidats évoqués pour remplacer Urs Rohner. Or le comité chargé de trouver un successeur à l’actuel président de la banque a jeté son dévolu sur le Portugais de 56 ans, a annoncé la banque mardi matin. Choix surprise, c’est pourtant un nom dans l’industrie bancaire: il dirige depuis près d’une décennie le géant britannique Llyods, spécialisé dans la banque commerciale et de détail.

Credit Suisse cherchait un successeur à Urs Rohner, qui devait partir au plus tard l’an prochain après avoir épuisé le nombre d’années autorisées au sein du conseil d’administration. Elu vice-président en 2009, puis président en 2011, l’avocat aura tenu douze ans, malgré quelques vives oppositions parmi les actionnaires. Cité dans le communiqué, il estime que, «fort de ses impressionnantes réalisations tout au long de sa carrière, Antonio Horta-Osorio contribuera de manière significative au futur succès de notre banque».

Tandem renouvelé

Longtemps, le nom de Philipp Hildebrand, ex-numéro un de la Banque nationale suisse, avait circulé. Or c’est visiblement à l’étranger que le comité a concentré ses recherches, alors que la banque a nommé un Suisse directeur général, Thomas Gottstein, en remplacement de Tidjane Thiam, éjecté en début d’année à la suite du scandale des filatures de plusieurs employés. L’an prochain, le tandem à la tête de la deuxième banque helvétique sera donc complètement renouvelé. C'est la première fois que la banque ne sera pas présidée par un Suisse, mais ce sera aussi la première fois en 20 ans qu'un banquier occupera ce poste.

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Pour les analystes de la Banque cantonale de Zurich, «un grand défi attend Antonio Horta-Osorio». La priorité, annoncent-ils dans une note, «est de regagner la confiance des investisseurs, malmenés, ce qui risque d’être un processus de longue haleine». Surpris, les analystes ne doutent cependant pas des qualités du Portugais.

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Reste que sa spécialisation dans la banque commerciale et de détail marque les observateurs. Les analystes de Vontobel le soulignent dans leur note et dressent un parallèle avec le nouveau directeur général d’UBS, Ralph Hamers, tout juste entré en fonction, et lui aussi quelque peu novice dans la gestion de fortune. Ils notent cependant la «bonne réputation sur le marché» d’Antonio Horta-Osorio, qui a également fait une grande partie de sa carrière à la banque espagnole Santander.

Rois des dividendes

Même si la bourse a peu réagi à l’annonce, ce choix devrait plaire aux actionnaires, devine le magazine alémanique Cash, pour qui Lloyds «s’est fait un nom ces dernières années grâce à une politique de dividendes généreux et de milliards de rachats d’actions». Or le cours de l’action de Credit Suisse est un sujet qui fâche. En dix ans, le titre a perdu plus de 75% de sa valeur. Cette année, il a encore perdu 12,1%, alors qu’UBS et Julius Baer, par exemple, gagnaient respectivement 5,5 et 5,7%.

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Un état de fait que l’autre annonce du jour peinera à améliorer: Credit Suisse a déclaré en parallèle qu’il risque de devoir débourser 680 millions de dollars (environ 616 millions de francs) dans l’affaire dites RMBS des titres adossés à de l’immobilier résidentiel aux Etats-Unis, qui date de 2007. Credit Suisse considère qu’il a de bons arguments pour faire appel et n’a provisionné pour l’heure que 300 millions pour ce litige. Ces affaires du passé, même si elles sont moins nombreuses que pour son rival UBS, continuent de plomber la banque, les solder sera donc l’autre tâche urgente du nouveau président, ajoutent les experts de ZKB.

Grande fatigue

Antonio Horta-Osorio n’est certainement pas étranger à ce genre de travail, ayant repris la barre de Lloyds en 2011, encore convalescente de la crise de 2008 qui l’a obligée à demander l’aide du gouvernement. Un redressement, qui a impliqué trois restructurations, que beaucoup considèrent comme réussi, même si les années Horta-Osorio à Lloyds n’ont pas été sans accrocs.

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Peu après son entrée en fonction, il se retire six semaines dans une clinique, évoquant une grande fatigue. C’est l’un des rares patrons de grande entreprise qui a évoqué publiquement ce genre de problème: «J'ai cru que j'étais un Superman», explique-t-il. Il s'attribue ensuite la mission d'attirer l'attention sur les dangers des burn-outs, tout comme il se donne l'objectif d'améliorer la diversité dans les rangs de la hiérarchie de Lloyds.

Sur le plan personnel encore, il se retrouve en 2016 dans la situation embarrassante de s’excuser auprès des 75 000 salariés du groupe pour une affaire extraconjugale qui a «terni la réputation de la banque». Sa rémunération a régulièrement fait l’objet de controverse. En mai dernier, notamment, une partie de l’actionnariat s’est révoltée contre la nouvelle politique de bonus de la banque, appliquée pour l’année 2019. En 2020, les bonus de l’exécutif ont été suspendus en raison de la crise du coronavirus.