Le Conseil général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a décidé mardi de nommer à tour de rôle les deux candidats au poste de directeur général, mettant fin à une «guerre de succession» qui dure depuis huit mois. A l'issue d'une réunion informelle, les 134 membres de l'OMC sont parvenus à un consensus sur un plan de partage du mandat entre l'ancien premier ministre néo-zélandais Mike Moore et le vice-premier ministre thaïlandais Supachai Panitchpakdi. Selon cet accord, Mike Moore assumera à partir du 1er septembre la première partie du mandat, pour trois ans. Le vice-premier ministre thaïlandais prendra alors le relais pour une durée identique. Les mandats ne pourront en aucun cas être prolongés ou renouvelés. L'accord doit encore être entériné formellement par le Conseil général d'ici la fin de la semaine, moyennant quelques modifications mineures.

«Ce n'est pas une solution idéale, mais c'est la seule praticable», a déclaré Iftekhar Ahmed Chowdury, ambassadeur du Bangladesh, dont le pays est, avec l'Australie, à l'origine du plan.

«Nous acceptons ce compromis car nous devons faire avancer les travaux de l'OMC», a pour sa part déclaré Rita Hayes, l'ambassadeur américain, résumant bien l'état d'esprit de la plupart des délégués.

L'OMC prépare en effet sa prochaine réunion ministérielle en novembre à Seattle (Etats-Unis), qui doit donner le coup d'envoi d'un nouveau round de négociations commerciales. Le vide à la tête de l'organisation, après le départ de Renato Ruggiero le 30 avril, risquait, s'il se prolongeait en septembre, de compromettre dangereusement les travaux de préparation de ce «round du millénaire». Les délégués ont fait le forcing pour trouver un compromis avant les «vacances» du mois d'août.

Aussi imparfait soit-il, le plan de partage a permis de sortir de l'impasse en offrant aux deux camps une issue acceptable, notamment à la Thaïlande. Celle-ci, soutenue par plusieurs pays asiatiques, avait fait de la nomination de son candidat une question d'honneur national face aux pressions des Etats-Unis, qui soutenaient Mike Moore, avec une majorité de pays européens. Chaque camp tenait à placer son candidat pour présider au prochain round de négociations, qui s'annonce très ambitieux. L'acceptation vendredi dernier du plan de partage par le ministre thaïlandais des Affaires étrangères a ouvert la voie à une solution rapide. La formule offre l'avantage de permettre à un des candidats de lancer le cycle de négociations et à l'autre d'en assurer la clôture.

La question du directeur général réglée, reste celle, également épineuse, des directeurs adjoints. C'est sur ce point que les dernières discussions vont porter avant la ratification de l'accord et il pourrait y avoir quelques accros, notamment au sujet de l'exigence d'un «équilibre géographique». Tant l'Europe - qui cède le poste de directeur général pour la première fois – que les Etats-Unis, l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine veulent être représentés, alors que les places sont comptées. Le problème risque ainsi de se reposer, à un degré moindre, à l'échelon inférieur de la hiérarchie…