Croissance et régulation financière auront été les deux préoccupations clés de la 40e édition du Forum économique de Davos (WEF), qui se termine dimanche. Les deux thèmes ont été discutés, analysés et triturés dans tous les sens au cours de dizaines de rencontres entre patrons d’entreprises, experts, politiciens et économistes. Pour déboucher sur deux constats majeurs: premièrement, l’économie s’est désormais redressée, mais reste extrêmement fragile; deuxièmement, la surveillance des banques doit être renforcées au plus vite.

Tout d’abord la croissance. Des Américains aux Chinois en passant par les Coréens, les Indiens, les Britanniques ou les Espagnols, qui se trouvent pourtant chacun dans des situations fondamentalement différentes, tous affichent la plus grande prudence pour 2010 et même les années suivantes. Le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis en fin d’année 2009 a beau s’être envolé, au-delà des espérances, l’emploi reste au point mort. La locomotive du monde commence seulement à s’ébranler et son moteur risque fort de connaître des ratées ces prochains mois. L’année sera «volatile», a résumé samedi Zhu Min, vice-gouverneur de la Banque de Chine.

Un signe ne trompe pas. Que ce soit dans le Centre de congrès davosien transformé comme chaque année en bunker ou dans les multiples réunions plus ou moins «off» tenues dans les hôtels de la station, aucun leader ne s’est aventuré à parler «d’après-crise», un concept pourtant avancé par le fondateur du WEF, Klaus Schwab, en présentant le programme 2010. Les leaders ont préféré parler de «nouvelle normalité», évoquée davantage comme un futur souhaitable, plus ou moins proche. Pour autant que le monde ne replonge pas en récession.

Car il suffirait d’une étincelle. Aucun banquier central ne jure que la situation est désormais sous contrôle. En Europe, la dette grecque suscite les pires craintes, au point que les autres pays membres de la zone euro semblent désormais sérieusement imaginer de venir aider au «maillon faible», pour reprendre le mot du Premier ministre George Papandreou. Comment la Banque centrale européenne (BCE) peut-elle envisager de remonter ses taux – au plancher – dans un tel contexte? Et que pourrait-elle faire si le feu reprenait? Et les Etats? Les pompiers ont vidé tous les extincteurs, au point de faire virer au rouge vif les comptes de la plupart des pays industrialisés. «Nous allons être confrontés (à ce problème) pendant cinq, six ou sept ans, selon les pays», a constaté le directeur du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn.

Musique d’avenir d’ailleurs. Car s’il y a bien consensus, c’est qu’il est trop tôt pour organiser la sortie de crise. L’heure est au maintien des plans de relance. «Les Etats-Unis ont un gros problème de chômage, qui mettra des mois, voire des années à être résolu», a souligné Larry Summers, conseiller économique à la Maison Blanche. Malgré une croissance finalement à peine entamée, la Chine doit elle aussi maintenir sous perfusion son économie, afin de soutenir une demande domestique qui doit peu à peu compenser la perte désormais considérée comme durable d’une part substantielle des exportations.

Dernier constat, à Davos, le discours des grandes banques s’est effacé, écrasé par celui des responsables de gouvernements et chefs d’Etat, pourtant assez peu nombreux cette année. Mais aussi par les leçons données par les banques centrales. La finance, le secteur déclencheur de la pire récession qu’ait connu la planète depuis plus de cinquante ans, est désormais dans le viseur. Que ce soit le président français Nicolas Sarkozy, qui a tenu l’un des discours les plus radicaux, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet ou encore le président de la Banque nationale suisse (BNS) Philipp Hildebrand, tous poussent dans le même sens: un durcissement des règles en vigueur pour les banques.

Il y a aujourd’hui une large convergence de vue entre banquiers centraux et privés – lesquels se sont rencontrés informellement samedi – et hommes politiques sur cette nécessité, a-t-on assuré de toute part. La convergence de vue porte sur l’augmentation des niveaux de fonds propres, l’amélioration de la gestion des liquidités ainsi que l’évitement du risque systémique, le «too big to fail». «La solution doit être réglée au niveau international, et rapidement. L’opinion ne pardonnerait pas qu’une nouvelle crise financière survienne», a martelé Jean-Claude Trichet. Les banquiers mettent néanmoins en garde: une surréglementation serait préjudiciable à l’octroi de crédits, et en fin de compte à l’emploi et à l’économie dans son ensemble.