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Third Point veut bousculer Nestlé. Mais la démarche pourrait bien rendre service au nouveau directeur du groupe veveysan Mark Schneider.
© AFP Photo/Fabrice Coffrini

Agroalimentaire

Un fonds activiste américain contre les «vieilles manières» de Nestlé

Connu pour avoir fait plier Yahoo!, le turbulent actionnaire Third Point veut pousser le groupe veveysan à lâcher L’Oréal et à doubler son taux d’endettement. Mais il pourrait aussi devenir le meilleur allié des réformistes à l’interne

Third Point a bien préparé son coup. Dimanche, le fonds activiste annonçait avoir pris une participation de 40 millions de titres et options chez Nestlé, pour une valeur totale de 3,5 milliards de dollars (3,4 milliards de francs). Dans sa lettre de 12 pages, adressée à ses investisseurs mais largement diffusée aux médias, le turbulent fonds new-yorkais critique les «vieilles manières» de Nestlé et détaille comment il entend modifier le cap du paquebot veveysan et ses 2000 marques.

«Bien qu’elles possèdent le meilleur portfolio dans l’industrie des biens de consommation emballés, les actions Nestlé ont sous-performé par rapport à celles de leurs concurrents américains et européens», critique Third Point dans sa lettre. Parmi les mesures chocs de sa feuille de route: la vente des parts de Nestlé chez L’Oréal (23% pour une valeur de 25 milliards de dollars) considérées comme «non stratégiques» ou le lancement d’un programme de rachat d’actions grâce au doublement de la dette du groupe.

Améliorer les marges

But de l’opération: améliorer les revenus de ses actionnaires, en faisant passer la marge d’exploitation du numéro un de l’agroalimentaire à 20% d’ici à 2020, contre 15,3% en 2016. Des perspectives accueillies avec enthousiasme par les marchés. Le titre de L’Oréal bondissait dans la matinée de 4,8%, tout comme celui de Nestlé.

Sollicité par la presse, Nestlé s’est finalement fendu lundi, par l’intermédiaire de son service de presse, d’un commentaire général: «Comme toujours, nous entretenons un dialogue ouvert avec tous nos actionnaires et nous poursuivons notre engagement d’exécuter notre stratégie et de créer de la valeur à long terme pour nos actionnaires.»

Turbulences sur la Riviera vaudoise

Fondé en 1995, le fonds Third Point n’en est pas à son coup d’essai. En 2012, après avoir porté sa participation chez Yahoo! à 6%, Daniel Loeb – son remuant propriétaire – avait obtenu la tête du directeur Scott Thompson, entré cinq mois plus tôt, en l’accusant d’avoir falsifié son curriculum vitae. Après avoir avalisé la nomination de Marissa Mayer, une ancienne de Google, Third Point s’est retiré en revendant ses parts à Yahoo! Le double du prix d’achat.

Rebelote en 2013 avec Sony. Après être entré au capital du groupe japonais, jusqu’à représenter 6% de sa capitalisation boursière, Third Point fait parvenir une lettre à tous ses investisseurs demandant au groupe japonais de changer la structure de son actionnariat et de se concentrer sur les secteurs les plus profitables. Mais le fonds avait finalement dû vendre ses parts sans parvenir à convaincre le fabricant électronique de démanteler une partie de son empire du divertissement.

S’attaquer à «l’immobilisme»

Third Point ne s’était pourtant jamais attaqué à une entreprise de la taille de Nestlé – 263 milliards de dollars de capitalisation boursière – et n’avait jamais investi autant d’argent pour tenter de modifier la stratégie d’un groupe. Elle devra pourtant convaincre d’autres investisseurs. Malgré les sommes investies, Third Point ne détient encore, selon Bloomberg, que 1,3% du capital du groupe alimentaire vaudois. Il pointe à la 8e place des investisseurs de Nestlé, loin derrière BlackRock, plus gros gestionnaire d’actifs mondial et numéro un de Nestlé avec 3,7% de parts.

Mais les changements prônés par Third Point pourraient déjà être en route. C’est en tout cas l’avis de Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel: «La démarche de Third Point peut sembler hostile à Nestlé, mais elle pourrait aussi se convertir en un grand allié et accélérer la mise en place de la stratégie de Mark Schneider.» A ce propos, le nouveau directeur de Nestlé a été salué par le fonds, qui voit dans l’ancien directeur du groupe de santé Fresenius un homme capable de s’attaquer à «la culture immobiliste» qui «caractérisait la direction précédente».

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