Une nouveauté dans le private equity est née à Genève. Un fonds de fonds, baptisé TOP Quartile Partners 1, veut rapprocher les banques privées suisses des 25% de gérants de private equity qui réalisent les meilleures performances du monde.

«Nous avons la garantie de nous voir réserver des tranches importantes des prochains fonds lancés par Blackstone, Carlyle, T.H. Lee, Silver Lake, mais aussi par les fonds européens Apax ou Clayton Dubilier & Rice», indique l'un des associés de TOP Quartile Partners, Edoardo Bugnone. Cofondateur d'Argos Soditic, il a présidé en 2001 et 2002 la European Venture Capital Association. Il s'est associé à deux autres pointures genevoises du private equity: Richard Rimer, ancien consultant de McKinsey et associé d'Index Ventures, et David Chamberlain, pionnier dès 1987 des activités de private equity d'Unigestion.

Jusqu'ici, l'investissement dans le private equity était peu accessible. Tout d'abord, les avoirs devaient rester bloqués 12 à 14 ans dans un fonds. Ensuite, il fallait une mise initiale de quelque 200 millions de dollars pour intéresser l'un des géants mondiaux du private equity. Dès lors, seuls les institutionnels avaient un réel accès à cette classe d'actifs. La banque privée Pictet & Cie la réservait à une dizaine de très gros clients, à l'instar de ses rivales.

Atout maître: la liquidité

Le nouveau fonds de fonds, présenté mercredi à Genève, intéresse un grand nombre de banques privées, family offices et gérants de fortune de la place, d'après Edoardo Bugnone. «D'une part, il n'exige pas de montant minimum. Même si les banques ne s'engageront pas pour moins de 10 millions de dollars.»

Mais surtout, le fonds de fonds offre une liquidité trimestrielle. Il s'agit là d'une innovation majeure. La possibilité d'être remboursé tous les trois mois n'existe chez aucun véhicule similaire de private equity. Le mécanisme de liquidité permet à l'investisseur de vendre ses parts à la valeur des actifs nets, moins une décote de 3%, semblable à celle pratiquée par les hedge funds, «ce qui garantit une valeur de rachat intéressante», selon Edoardo Bugnone. Le remboursement est possible grâce à une ligne de crédit accordée au fonds de fonds par une grande banque américaine.

Cette liquidité implique un fort effet de levier, qui permet au fonds de viser un rendement potentiellement supérieur aux fonds sous-jacents. Mais cet endettement signifie aussi un risque accru pour le fonds de fonds. Les investisseurs restés investis ne risquent-ils pas de se retrouver dans un fonds au profil de risque détérioré? Edoardo Bugnone assure que, «si le ratio d'endettement tombe sous les limites que s'est fixées le fonds, les distributions iront au remboursement de la dette».

Les fonds ciblés par le Top Quartile Partners ont délivré un rendement brut annuel moyen de 38% par an sur 15 ans, et de 27% net pour l'investisseur. Les frais totaux s'élèvent donc à 10%. A ces frais des gérants sous-jacents, il faudra ajouter ceux du fonds de fonds: 1,5% de commission de gestion sur les 5 premières années, puis 1% dès la 6e année, plus 10% de la performance, à partir d'un rendement de 6%.

Top Quartile Partners vise à lever 1 milliard d'euros (1,67 milliard de francs) d'ici à fin juin. Les capitaux levés ne s'investiront pas dans les fonds existants des firmes visées, mais dans leurs nouveaux véhicules, en cours de récolte de fonds depuis 2006. Ce «cru 2006» pose un risque non négligeable de sous-performance: les rachats les plus récents réalisés par Blackstone et ses rivaux se sont conclus à des niveaux de valorisation boursière historiquement élevés. «Les années de levées de fonds, ou «vintages» 2006, 2007, 2008, etc., diversifieront naturellement le risque car les valorisations des marchés boursiers varieront sur le long terme, répond Richard Rimer. Quoi qu'il en soit, un rendement de 15% est tout à fait envisageable pour le fonds de fonds.»

Edoardo Bugnone pronostique même qu'«au vu des instruments qui existent aujourd'hui dans le private equity, il est très probable que notre structure devienne un modèle, qui sera répliqué par d'autres».