Alliés traditionnels, les Etats-Unis, l’Union européenne (UE) et le Japon se mettent ensemble une nouvelle fois pour réformer l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans leur viseur: la Chine, qu’ils accusent de pratiques commerciales déloyales sans que le gendarme des échanges internationaux puisse intervenir.

Le trio s’est rencontré une première fois le 24 août dernier dans la capitale américaine. C’était au lendemain d’une réunion sino-américaine dont le but était de mettre un terme à la guerre commerciale bilatérale. Mercredi, le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer, le ministre japonais de l’Economie Hiroshige Seko et la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström ont officiellement confirmé leur volonté «de s’attaquer aux pays qui sapent le fonctionnement du commerce international».

Lire aussi: La paix commerciale ne se fera pas sans la Chine

Lors d’une rencontre en marge de l’assemblée générale de l’ONU qui a lieu ces jours, les trois responsables commerciaux ont précisé les griefs que l’administration Trump adresse depuis des mois à Pékin: subsides aux entreprises d’Etat, prêts au rabais aux entreprises privées, transfert obligatoire des brevets d’entreprises étrangères à leurs partenaires chinois.

Surcapacités industrielles nuisibles

«Créée il y a vingt-trois ans alors que la Chine n’en était pas encore membre, l’OMC ne dispose pas d’instruments pour réglementer ces pratiques», affirme un diplomate européen à Genève. En réalité, Washington, Bruxelles et Tokyo ont promis de proposer de nouvelles règles d’ici à la fin de l’année. «La Chine peut mettre en place toute stratégie qu’elle souhaite pour son développement, mais elle ne peut financer des surcapacités industrielles qui nuisent aux autres économies», poursuit-il.

Et encore: Les Etats-Unis et l’UE s’offrent un répit

Une première réunion entre diplomates européens et chinois est prévue pour mi-octobre à Pékin. A ce stade, l’UE a pris bonne note du discours de Zhou Xiaochuan, qui vient de quitter ses fonctions de gouverneur de la banque centrale de Chine, la semaine dernière à Genève. L’homme du sérail avait affirmé que son pays était prêt à passer à la table des négociations et, in fine, à satisfaire les revendications américaines et européennes. «Nous attendons ces mêmes propos à Pékin», lance notre interlocuteur.


Le potentiel du traité entre Berne et Pékin n’est pas exploité

Une étude chiffre pour la première fois le degré d’utilisation de l’accord sino-suisse de libre-échange. Seuls 40% des entreprises suisses sondées profitent des avantages douaniers

Le potentiel d’économies annuelles pour l’industrie suisse se chiffre à plusieurs centaines de millions de francs. Pour la seule année 2017, les réductions de taxes douanières prévues par l’accord de libre-échange conclu entre Berne et Pékin représentaient 100 millions. Tant pour les entreprises helvétiques que chinoises, tournées vers l’exportation. Mais, plus de quatre ans après l’entrée en vigueur du traité, force est de constater que ce potentiel est encore peu exploité.

C’est ce qui ressort d’une étude menée par l’Université de Saint-Gall, conjointement avec l’Université de commerce international et d'économie de Pékin et l’Université de Nanjing, sur la base des données des douanes suisses et chinoises.

Lire aussi: Berne et Pékin veulent mettre à jour l’accord de libre-échange

Présentée mercredi à Saint-Gall, cette enquête montre que moins de 40% des 63 entreprises helvétiques sondées par les chercheurs participent à l’accord et 13% songent à le faire. Côté chinois, ces taux s’élèvent respectivement à 46% (de 32 firmes) et 31%. Charge administrative, complexité des procédures et difficultés logistiques en sont les principaux freins.

Rachel Richterich