Des milliers de lanternes flottent en ville. Sur son canal international, en anglais, la télévision publique sud-coréenne alterne les reportages sur la capitale parée de rouge et de bleu, les couleurs nationales, et les couvertures en direct des premières rencontres entre responsables politiques.

Jeudi et vendredi, Séoul accueille le 5e Sommet du G20, ce groupe de chefs d’Etat et de gouvernement qui représente près de 90% de la richesse mondiale. Il y a deux ans pratiquement jour pour jour, la première réunion du genre se tenait à Washington, organisée par George Bush. A l’époque, le monde affrontait la pire crise économique depuis les années 1930. «Nous sommes déterminés à accroître notre coopération et à travailler ensemble pour rétablir la croissance mondiale et réaliser les réformes du système financier mondial», écrivait le G20 dans son communiqué.

Depuis, la grande dépression n’a pas eu lieu. Cependant, l’unité n’est plus de mise. Les écarts de croissance entre les pays émergents et les pays développés ont produit des décisions apparemment peu ou pas concertées. Dernière en date: le nouvel assouplissement de la politique monétaire américaine. Annoncé la semaine dernière, il a déclenché des critiques que l’on n’entendait pas fin 2008. En panne de croissance, et avec un taux de chômage qui stagne à 10%, les Etats-Unis sont accusés en Allemagne comme en Chine ou au Brésil de mettre en péril le reste de l’économie mondiale. Plusieurs autres dossiers font débat.

Ces fractures n’étonnent pas Cédric Tille, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève. «Au plus fort de la crise, dans l’urgence, il était difficile de ne pas être d’accord. Aujourd’hui, on revient à la réalité», décrypte-t-il.

La Corée du Sud, qui voit ce G20 comme la «meilleure occasion» de rejoindre le club des économies avancées, a promis d’arrondir les angles. Son président souhaite institutionnaliser le G20 et verrait bien son pays en tenir le secrétariat.

En juin à Toronto, le G20 avait repoussé à plus tard les sujets qui fâchent, comme les négociations commerciales du Cycle de Doha et la régulation financière internationale. Des sujets qui risquent encore d’attendre, si l’on en croit ce que les sherpas qui organisent les discussions laissent filtrer.

«Je reste sceptique sur la structure du G20 et crois que les vraies choses avancent ailleurs, comme au Conseil de la stabilité financière», reprend Cédric Tille. Avant de tempérer: «Cela dit, il vaut mieux se voir que de protester dans son coin.»

En Europe, l’Allemagne a ouvertement critiqué les Américains pour leur politique monétaire. Grand pays exportateur, comme la Suisse, elle a désapprouvé leur proposition, abandonnée depuis, de fixer une limite aux déséquilibres commerciaux.

Cette fois, Cédric Tille va surtout regarder «la communication sur la relance budgétaire. Le ton sera-t-il à la consolidation, reflétant les attentes des Allemands ou du nouveau Congrès américain? Ou bien l’effort sera-t-il maintenu car la reprise reste fragile, comme le demande le Fonds monétaire international», s’interroge-t-il. L’universitaire espère le deuxième choix. «Les effets des crises financières sont très longs à se déployer, détaille-t-il. Certes, les banques d’affaires refont du profit, ce qui n’est pas difficile avec les taux pratiquement à 0% des banques centrales. Néanmoins, les étages au-dessous, comme le financement des PME, ne sont pas encore nettoyés.»

Une chose ne change toutefois pas, le dispositif de sécurité. Reprenant le modèle de Toronto, Séoul a érigé une barrière de deux mètres de haut autour du Coex, le grand centre commercial et de congrès qui accueille le G20. Quelque 50 000 hommes ont été mobilisés pour contenir les altermondialistes attendus.

Le site officiel du Sommet du G20 à Séoul