Le troisième essai sera-t-il le bon? Après deux échecs l'an dernier, l'assureur munichois Allianz, numéro un dans son pays, se prépare à prendre le contrôle de la Dresdner Bank, troisième banque allemande. Les rumeurs dans ce sens ont reçu une première confirmation jeudi. Si elle devait se confirmer, la fusion des filiales de Dresdner Bank et d'Allianz créerait un géant mondial de la bancassurance, avec des tentacules dans l'assurance, la banque de détail, la gestion d'actifs, le courtage, le financement d'entreprise et peut-être même la banque d'investissement. Le mastodonte aurait sous son contrôle des actifs pour plus de 1000 milliards de dollars.

Allianz est déjà aujourd'hui l'assureur de référence de la Dresdner, avec 21,4% du capital. La banque vaut environ 24 milliards d'euros à la Bourse, dont la moitié serait couverte par la détention de participations. Comment financer sa prise de contrôle? Le scénario le plus souvent évoqué est celui d'un échange de participations entre Allianz d'un côté et Munich Ré de l'autre. Allianz céderait ses parts dans HypoVereinsbank (13,7%) au réassureur munichois et celui-ci offrirait en échange ses parts directes et indirectes dans Dresdner.

Cet accord, selon plusieurs analystes, est dans l'intérêt des deux assureurs et il a l'avantage de ne pas perturber le marché des capitaux. La transaction donnerait naissance à deux bancassureurs purement allemands, le premier contrôlé par Allianz et le second qui lierait Munich de Ré à HypoVereinsbank. Ce mouvement en annoncerait d'autres. Deutsche Bank aurait les mains libres pour s'allier avec l'assureur français Axa. Commerzbank, soudain isolée, deviendrait une proie intéressante. La fusion entre Allianz et Dresdner pourrait ainsi annoncer la restructuration du paysage financier allemand, reportée après l'échec de la fusion entre Deutsche Bank et Dresdner Bank.

Obstacles juridiques

Les assureurs Allianz et Munich de Ré cherchent à se renforcer, au moment où la réforme du système national de retraite promet de dynamiser le secteur de l'épargne privée. Si la chambre des Länder renonce à ses ultimes réticences, l'Allemagne introduira dès l'an prochain un pilier de retraite par capitalisation privée. Pour mieux vendre ses produits, Allianz entend profiter du réseau national de guichets de Dresdner, mais aussi des compétences de la banque en gestion d'actifs et conseils à la clientèle. Car Allianz a des lacunes: sur les 14 000 agents que l'assureur employait l'an dernier, seulement 2500 étaient capables de vendre des produits d'épargne et d'investissement.

La Dresdner, de son côté, pourrait accéder à une clientèle européenne par le biais de trois sociétés d'assurance contrôlées par Allianz: la française AGF, numéro deux dans l'Hexagone, l'italienne RAS, seconde dans la Botte, ainsi qu'une petite société britannique.

La banque d'investissement de la Dresdner, la DKW, trouvera-t-elle une place dans ce mariage? Les analystes sont sceptiques. Le sort de cette unité d'excellente réputation fut déjà à l'origine de l'échec de la fusion entre Dresdner Bank et Deutsche Bank. On souligne, à Francfort, que l'éclatement des unités de la Dresdner causerait des problèmes juridiques. L'hypothèse du développement autonome de DKW au sein d'un holding qui chapeauterait les activités du nouveau bancassureur serait la plus probable.

La Bourse a réagi prudemment à l'idée de cette fusion. Le titre Allianz était jeudi en progression (+2,75%), après un retrait de 6,5% mercredi. Le titre Dresdner Bank affichait une hausse de près de 0,2% après un bond de 7% mercredi.