Matières premières

Un géant chimique chinois entre au capital du trader suisse Mercuria

ChemChina, colosse étatique actif notamment dans la pétrochimie, prend 12% du négociant pétrolier de la Rue du Rhône. L'accord a mis un an et demi à se conclure

C'est une alliance qui va faire du bruit dans le monde des matières premières. Mercuria, trader pétrolier genevois, cède 12% de son capital au géant chimique chinois ChemChina. Mercuria, l'une des plus grosses entreprises suisses par chiffre d'affaires, n'est pas cotée en bourse et le montant de la transaction n'a pas été communiqué.

Les deux entreprises ont annoncé l'opération dans un communiqué diffusé lundi. «Pour Mercuria, cet investissement approfondi les liens déjà forts de la compagnie avec la Chine, où elle a servi de fournisseur important d'énergie et de matières premières depuis sa fondation», écrit la société genevoise. «A travers l'investissement dans Mercuria Energy Trading, qui s'est développée rapidement durant la dernière décennie, ChemChina poursuit son expansion dans le secteur énergétique», complète le patron de ChemChina, Ren Jianxin.

Le but du rapprochement, envisagé comme un partenariat durable et non comme une opération financière, est de combiner le gigantisme de ChemChina et l'agilité du trader suisse sur les marchés internationaux. ChemChina, qui fabrique des produits allant des pneus à l'essence en passant par les fertilisants, achète d'énormes quantités de matières premières. Mercuria va devenir, grâce à cette alliance, son fournisseur privilégié. Le groupe chinois, qui dit raffiner annuellement 25 millions de tonnes de pétrole, cherche à sécuriser son approvisionnement, notamment en gaz liquéfié, en gaz naturel et en naphta (un produit utilisé dans l'industrie pétrochimique), estime-t-on chez Mercuria à Genève. 

Cela fait près de deux ans que Mercuria cherche à ouvrir son capital à un partenaire stratégique. En avril 2013, les deux fondateurs du groupe suisse, Marco Dunand et Daniel Jaeggi, annonçaient au Temps que la transaction se ferait «d'ici la fin de l'année». Credit suisse conseillait alors l'entreprise dans cette opération. «Nous cherchons des entités prêtes à investir au moins cinq ans, souhaitant profiter des compétences d’un partenaire intervenant sur les marchés de l’énergie, au niveau mondial», expliquaient les deux dirigeants.

L'acquisition par Mercuria des activités de la Banque JP Morgan dans les matières premières aurait ensuite stoppé le processus. En octobre dernier, les choses se sont accélérées à nouveau lorsque Bloomberg avait révélé l'existence de pourparlers – déjà vieux de plusieurs mois – entre Mercuria et ChemChina.

Cette entreprise, contrôlée par l'Etat, est le plus gros groupe chimique chinois. De son côté, la société suisse est l'un des plus gros importateurs de pétrole en Chine, selon Bloomberg, et a noué plusieurs partenariats dans le pays, tout récemment encore dans le stockage de métaux.

Un appétit d'ogre

ChemChina a un appétit d'ogre et multiplie les acquisitions à l'étranger. Elle a offert de racheter, pour 43 milliards de dollars, le spécialiste suisse des pesticides Syngenta, damant ainsi le pion à l'américain Monsanto. Le 11 janvier, ChemChina a annoncé le rachat pour 925 millions d'euros de la société allemande KraussMaffei, spécialisée dans les machines d'emballage plastique. Cette acquisition constitue «le plus gros investissement chinois en Allemagne», annonçait ChemChina sur son site internet. En avril, le conglomérat chinois avait encore avalé le fabricant de pneus italien Pirelli.

ChemChina est la 276ème entreprise mondiale, selon le classement de Forbes, avec des revenus annuels de quelque 48 milliards de dollars. Elle est directement supervisée par la puissante Commission administrative des actifs d'Etat chinoise, ou SASAC.

L'alliance entre ce colosse étatique et le trader genevois illustre un mouvement de fond dans le secteur des matières premières. De plus en plus, il est vital pour les traders de sécuriser des flux de matières sur le long terme. Les marges liées au trading pur diminuent, les négociants cherchent à capturer les profits liés au transport, au stockage et au raffinage, notamment.

C'est ainsi que Gunvor, basée à Genève et autrefois spécialisée dans la vente du pétrole russe, est devenue un gros acteur du raffinage européen. Vitol, toujours à Genève, a acquis des installations de stockage dans le monde entier, par exemple à Cossonay en Suisse, et possède la raffinerie de Cressier, près de Neuchâtel. 

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