L'histoire s'apparente à une mauvaise plaisanterie. A un jour de l'assemblée générale extraordinaire d'UBS qui débute ce matin à Bâle, personne n'était en mesure de dire mercredi où se trouvait un paquet d'actions de l'établissement d'une valeur de 1,55 milliard de francs. Ces titres, qui représentent une part de 2,78% dans le capital d'UBS, appartiennent à la société d'investissement Olivant dirigée par Luqman Arnold, ancien directeur d'UBS en 2001.

Le fonds britannique a eu le malheur de confier ses titres à Lehman Brothers International Europe (LBIE), l'antenne londonienne de la banque américaine qui a déposé son bilan le 15 septembre dernier. Suite à la faillite de l'établissement new-yorkais, la société de Luqman Arnold n'a ainsi plus accès à son paquet de titres UBS. Dans un communiqué diffusé mercredi, Olivant a indiqué être en contact avec les administrateurs de LBIE, en l'occurrence PricewaterhouseCoopers, pour récupérer ses titres.

Longue procédure

Pratiquement, la filiale européenne de Lehman Brothers agissait en tant que courtier principal («prime broker») pour le compte d'Olivant. Créneau très lucratif pour les banques d'investissement, l'activité de courtier principal consiste, notamment, à mettre à disposition des fonds spéculatifs des titres empruntés à des tiers en l'échange d'une prime. C'est pourquoi il faudra beaucoup de temps à Olivant pour retrouver la trace des titres confiés à l'antenne européenne de Lehman Brothers. En outre, même si ces actions sont identifiées, Olivant ne pourra pas les récupérer de sitôt, étant donné que ces actions font partie de la masse en faillite. «La procédure pour recouvrer les titres devrait prendre jusqu'à 2 mois en raison des particularités du système juridique britannique», explique une source proche du dossier. Et si l'affaire devait aller jusqu'au tribunal, les démêlés juridiques peuvent s'étendre sur plusieurs mois.

Quelle qu'en soit l'issue, ce nouvel épisode tombe au plus mauvais moment pour Luqman Arnold, qui vient de perdre un de ses plus proches collaborateurs. Un de ses associés s'est suicidé la semaine dernière à Londres.

Tout au long de l'hiver dernier, Luqman Arnold avait mis la pression sur la direction d'UBS. Sa principale revendication: séparer la banque d'affaires des autres activités d'UBS pour revendre à terme cette division. Suite à la débâcle de la filiale Lehman, Olivant ne sera pas en mesure d'exercer ses droits lors de l'assemblée générale d'aujourd'hui. «Luqman Arnold ne se rendra pas à Bâle jeudi», a confirmé hier Jürg Wildberger, responsable de la communication pour le compte d'Olivant en Suisse. Malgré tout, Luqman Arnold continuera d'entretenir des contacts avec la direction d'UBS, souligne le porte-parole.