Landis & Gyr Communications a trouvé un repreneur. Mis en faillite le 29 janvier dernier, LGC devrait entrer dans le giron de l'italien IPM International, un concurrent. Le conditionnel reste de mise car, comme le souligne un proche du dossier, «dans ce genre de transaction, tant que l'argent n'est pas posé sur la table, il ne faut pas se réjouir trop tôt». «La plupart des emplois seront repris», a expliqué à l'ATS Carlo Deseo, président d'IPM International. LGC employait 169 personnes à Genève et 27 à Zoug. «L'effectif sera adapté à la croissance raisonnable de l'entreprise, mais aucun emploi sera transféré hors de Suisse», a assuré Carlo Deseo.

L'offre la plus intéressante

Le groupe LGC comptait au total 600 salariés à fin 2000, pour un chiffre d'affaires consolidé de 230 millions de francs. La reprise porte aussi sur les participations du groupe genevois en Chine, Tchéquie, Egypte et Mexique.

Rien n'a transpiré des négociations au sujet des conséquences de cette reprise pour les positions du groupe à l'étranger. Pour Omar Deiri, substitut de l'Office des faillites du canton de Genève, l'offre de reprise de l'industriel italien paraissait de loin la plus intéressante. Tout d'abord, IPM souhaite reprendre a priori la totalité du groupe LGC et pas seulement certaines de ses spécialités, à l'instar du genevois Swonics. De plus, IPM passe pour un interlocuteur crédible dans les milieux professionnels. Il emploie 1200 personnes dans le monde, dont 6 personnes à Genève dans sa structure en charge de marketing et finance au niveau international. Outre plusieurs unités de production près de Naples, le groupe IPM a mis en place des coopérations industrielles en Asie et en Argentine.

Enfin, il existe une vraie complémentarité entre LGC et IPM. Complémentarité géographique tout d'abord, puisque le groupe genevois dispose d'implantations fortes en France, Allemagne et Grande-Bretagne alors que l'italien couvre mieux l'Europe du Sud et que les deux acteurs ne se gênent pas en Asie. De plus, au niveau des produits, LGC devrait pouvoir utilement enrichir la palette d'IPM, notamment dans les réseaux et la reconnaissance d'abonnés.

Tout n'est pas bouclé. «Si IPM ne s'est pas trop avancé sur la question de l'emploi, estime un bon connaisseur du dossier, c'est que le montage de la reprise n'est pas totalement terminé.» IPM n'a pas été en mesure de répondre à nos questions vendredi. Reste que le groupe industriel évite à la firme genevoise un scénario qui aurait pu être beaucoup plus tragique. «LGC était ligotée par le plan financier qu'avait conçu Texas Pacific Group (ndlr: son précédent propriétaire), rappelle une autre source. Tout était gagé. Quand les banques créancières ont retiré leur soutien en décembre, il ne restait plus qu'à mettre la société en faillite». A partir de là les dettes ont été annulées et LGC redevenait séduisante avec son carnet de commandes bien rempli… Et risquait de se transformer en proie idéale pour des investisseurs tentés de faire un «coup» en reprenant l'entité pour la revendre par morceaux au plus offrant. Le temps a joué un rôle important dans la phase de recherche d'un repreneur. Le dossier a été bouclé en moins d'une semaine après le prononcé de la faillite afin de sauver l'essentiel. Le substitut de l'Office des faillites a souhaité préserver la substance de LGC, à savoir ses employés de très haut niveau, et éviter la délocalisation des technologies développées à Genève.

La grande inconnue reste le prix que s'apprête à payer IPM. Le montant est tenu secret mais certains estiment qu'il ne doit guère dépasser les 10 millions de francs. Les actifs nets de LGC après faillite étaient estimés à 12,5 millions de francs, avait annoncé Omar Deiri il y a quelques jours. Les faits sont cruels.

En 1998, LGC employait 400 collaborateurs à Genève et 1500 dans le monde. Quand le groupe américain TPG avait racheté LGC par le biais d'un leverage buy out (LBO) cette année-là, les plus grands espoirs étaient évoqués. Les dirigeants de l'époque annonçaient comme objectif le milliard de chiffre d'affaires au bout de quelques années d'activité. La réalité fut tout autre et le montage financier qui reposait sur un apport minimum de TPG a fini par étouffer la société genevoise.