Réunis ce matin, les différents groupes parlementaires vaudois peuvent ajouter un élément imprévu à leur ordre du jour. Ils doivent préparer la position qu'ils défendront cet après-midi au Grand Conseil lors du débat sur l'avenir des bons de participation. Ces titres ont permis de recapitaliser la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) en 2003. Surprise, Le Temps a appris hier que le vice-président de la banque détient lui-même quelque 200 de ces bons. Cela ne l'a pourtant pas empêché de décider de leur sort en signant la convention concernant leur rachat par la BCV et qui favorise les détenteurs privés.

Les titres en mains publiques (99,8% du total) seront rachetés par la banque 92 francs plus une prime de 2%. Les investisseurs non publics recevront en revanche une action pour un bon. Selon le cours de clôture d'hier, ils se partageront une plus-value de plus de 3,7 millions de francs. Le vice-président de la banque, Paul Hasenfratz, peut potentiellement gagner 33 600 francs. Le Grand Conseil vaudois doit encore approuver ce projet présenté en décembre dernier par la banque et le Conseil d'Etat.

L'administrateur de la BCV a, dans un premier temps, indiqué qu'il conserverait les actions ainsi obtenues. En fin de journée, le président de la banque, Olivier Steimer, a précisé que l'éventuelle plus-value réalisée suite à leur vente sera «reversée aux bonnes œuvres».

La détention de bons par des membres haut placés de la banque, source évidente de conflit d'intérêt, avait pourtant été niée lors de la présentation du programme de rachat. Olivier Steimer l'a annoncée en Commission des finances, tenue au secret, le mois dernier et présentée comme un problème aux commissaires, qui n'ont pas réagi.

La direction de la banque assure qu'aucun autre membre du conseil d'administration, ni de la direction générale, ne possède ces bons. Elle a refusé d'indiquer comment avait évolué en 2004 le portefeuille d'actions dans leurs mains. «Nous avons respecté les règles éthiques en la matière», assure Olivier Steimer.

Plusieurs députés, de gauche comme de droite, n'ont pas caché leur gêne en prenant connaissance de ce conflit d'intérêt. Certains le qualifient de «très problématique».

Le Conseil d'Etat dit avoir travaillé en confiance avec la banque. Il assure que Paul Hasenfratz a, dès son arrivée au conseil d'administration, en avril 2003, informé les autres membres être en possession de ces titres. Léonard Favre, conseiller stratégique pour le dossier BCV, dit s'appuyer sur sa réputation: «Il a été ancien directeur de la Banque cantonale de Zurich.»

Les socialistes ont l'intention de demander aujourd'hui le renvoi du projet au Conseil d'Etat.