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Le stand Breguet à Baselworld 2018.
© GEORGIOS KEFALAS/Keystone/AP

Horlogerie

Un homme de l’ombre aux commandes de Breguet

La famille Hayek vient de nommer un fidèle à la tête de la marque la plus haut de gamme de Swatch Group. Thierry Esslinger se dit «intimidé» par l’idée de diriger un monument de l’industrie horlogère

Pour la communauté horlogère, cela a été une surprise. Quelques semaines avant la foire de Bâle, l’équipe de communication de Breguet proposait une rencontre avec son «nouveau directeur général Thierry Esslinger», jusque-là inconnu du grand public. Ces dernières années, le pilote de trois des marques du pôle «prestige et luxe» de Swatch Group (Blancpain, Jaquet Droz et Breguet) était en effet Marc Hayek, fils de la présidente du groupe biennois Nayla Hayek.

Entré officiellement en fonction en septembre dernier, le principal intéressé le reconnaît d’ailleurs volontiers: «Jusqu’à maintenant, j’étais un homme de l’ombre.» Ce Français d’origine a fait toute sa carrière chez Hayek Engineering, une entreprise «de conseil international en stratégie, innovation et management» (comme elle se décrit sur son site internet) étroitement liée à Swatch Group. «J’y ai travaillé durant vingt-trois ans et j’ai notamment fait plusieurs projets pour Breguet», détaille Thierry Esslinger, lors d’une rencontre avec Le Temps vendredi à Bâle. Son passé est celui «d’un homme de technique, de la production», assure-t-il.

«Un inconditionnel du Swatch Group»

Alors comment s’est-il laissé convaincre de prendre un poste de directeur général? De se plonger dans des problématiques qui ne sont plus seulement techniques, mais également commerciales? La réponse semble simple: «Marc Hayek a de plus en plus de responsabilités au Swatch Group et il a eu besoin de faire appel à quelqu’un pour la gestion de l’opérationnel, des affaires courantes. Je suis un inconditionnel du groupe et de la famille Hayek; c’était une évidence qu’il fallait répondre positivement à la demande qu’on me faisait.» Mais il précise: «Je ne suis pas tout seul. Non seulement je peux m’appuyer sur une équipe de vice-présidents, mais surtout également sur Marc Hayek, avec qui je m’entends très bien» (et qui restera président de Breguet).

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Néanmoins, même avec ces soutiens, Thierry Esslinger reconnaît que la tâche est «intimidante». Il faut dire que l’entreprise dont il a pris les rênes est un monument de l’industrie horlogère. Aucune autre marque ne peut en effet se prévaloir de porter le patronyme de celui qui est considéré par beaucoup comme l’horloger le plus génial de tous les temps. Abraham-Louis Breguet, né à Neuchâtel en 1747, est à l’origine de bon nombre d’innovations horlogères, la plus célèbre étant sans conteste le tourbillon. Aujourd’hui, Breguet emploie quelque mille personnes sur ses trois sites (deux à la Vallée de Joux, un au Crêt-du-Locle).

Raffermir la position en Russie

Certaines voix critiques s’élèvent d’ailleurs parfois pour regretter que, depuis le rachat de l’entreprise par Swatch Group en 1999, Breguet n’ait pas encore réussi à exploiter tout son potentiel. «Je ne suis pas de cet avis, réplique Thierry Esslinger. Quand Nicolas Hayek a repris l’entreprise, cette dernière ne fabriquait que des montres à la demande. Et il a fait entrer Breguet dans une nouvelle dimension. A nous de continuer ce travail car, oui, notre passé mérite qu’on donne le maximum à cette marque…»

Donner le maximum, c’est par exemple réinvestir sérieusement la Russie. Un marché qui a récemment subi de plein fouet la chute brutale du rouble. «Du jour au lendemain, ce pays a disparu de la carte du monde», imageait un autre patron de marque rencontré fin 2016. Thierry Esslinger n’est pas si catégorique. «C’est vrai que c’est un marché difficile, mais il n’a pas disparu. Chez Breguet, ce marché nous passionne pour des raisons historiques [Abraham-Louis Breguet faisait déjà du commerce avec le Tsar Alexandre 1er, ndlr] et nous comptons bien y raffermir notre position.» Plus généralement, Breguet semble entamer son année 2018 sereinement. Dans un entretien à l’ATS, Marc Hayek a ainsi confié qu’il s’attendait à une «croissance à deux chiffres» pour cette période.

Appartenant à un groupe coté en bourse, Thierry Esslinger ne veut pas s’étendre sur les chiffres. Ni même pour confirmer ou infirmer les estimations que l’on peut lire dans le dernier rapport de la banque Vontobel (28 000 pièces auraient été produites en 2016 pour un chiffre d’affaires de 445 millions de francs). Une chose est sûre, Breguet n’entend pas atteindre les mêmes niveaux qu’un concurrent comme Patek Philippe (qui prévoit de produire 60 000 pièces sur l’année 2018). «Bien sûr que nous pourrions faire 70 000 pièces. Mais il faut se demander si c’est ce que nous voulons vraiment. Dans mon esprit, ce n’est pas d’actualité.»

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