L’annonce du départ du patron de Swiss, mardi, est apparue pour les observateurs du secteur aérien comme une surprise. Un incident est-il survenu? C’est ce que suspectent les médias alémaniques. Certes, Thomas Klühr avait déjà annoncé son envie de partir. Mais, prévu au premier trimestre, son départ, «motivé par des raisons d’ordre privé» selon le communiqué, avait été repoussé alors que la pandémie faisait irruption et paralysait le secteur aérien.

Lire aussi: Le patron de Swiss part à la fin de l’année

Or, se demande le Tages-Anzeiger, pourquoi Lufthansa n’a-t-elle pas de successeur à proposer? «Le conseil d’administration de Swiss et la maison mère étaient au courant du souhait de Thomas Klühr de se retirer. Ils ont eu plus de six mois pour chercher un successeur, mais n’ont donné aucun nom mardi. C’est étrange: dans l’idéal, on annonce le départ et le choix du successeur en même temps», estime le quotidien zurichois.

Autre élément surprenant, selon le «Tagi», c’est le seul responsable du groupe qui n’a pas annoncé de licenciements majeurs ces derniers mois. Au contraire, lui et son équipe ont toujours répété «comme un mantra» qu’ils voulaient traverser cette crise sans restructuration massive.

Pressions de Lufthansa?

Le Blick a quelques idées sur la question. Citant des experts et des «insiders», choqués de cette annonce qu’ils jugent inattendue, le quotidien avance l’hypothèse d’un incident. «Quelque chose a dû se passer il y a peu de temps. Sinon Swiss ne changerait pas de patron dans une situation aussi exceptionnelle que maintenant», estime une source. «Y a-t-il eu des pressions de la maison mère? Un programme d’économies était-il demandé?» s’interroge le quotidien populaire, qui dit avoir rencontré l’intéressé début septembre et que ce dernier n’avait donné à aucun moment l’impression d’être sur le départ.

Lire aussi: Swiss terrassée par le coronavirus au 1er semestre

Cité par l’agence AWP, le syndicat du personnel au sol, Sev-Gata, «irrité» par l’annonce, estime, lui, qu’elle «soulève des interrogations». En tous les cas, reprend le Tages-Anzeiger, Thomas Klühr, un pur produit Lufthansa, en poste depuis février 2016, n’a pas été poussé à partir, si l’on en croit les mots du patron de la compagnie allemande, Carsten Spohr: «Thomas Klühr mérite la meilleure réputation, pas seulement en Suisse ou en Allemagne, mais dans toute l’industrie de l’aviation.» Les bons résultats de Swiss ces dernières années, avant la pandémie, lui ont fait gagner du crédit du côté de Francfort.

Successeur interne?

Libéré «avec le plus grand regret», selon le conseil d’administration, Thomas Klühr laissera sa place à un successeur en fin d’année. Ce dernier devra reprendre un transporteur qui, à l’instar du secteur, souffre de la pandémie et perd 1 million de francs par jour. En avril, il a reçu le soutien de la Confédération.

Lire aussi: Berne volera au secours du secteur aérien suisse

La Handelszeitung en a déjà fait une liste: en tête figure Bernd Bauer, patron de la compagnie Edelweiss. S’y trouve aussi le directeur financier de Swiss Markus Binkert. D’autres noms circulent, comme celui de Jens Bischof, chef d’Eurowings, la filiale low cost de Lufthansa. La Luzerner Zeitung cite également Lorenzo Stoll, tout en jugeant ce choix peu probable, tant le responsable romand de Swiss apprécie sa liberté à Genève, d’après le quotidien, qui voit le même obstacle pour Bernd Bauer. Reste aussi la possibilité que Francfort dépêche un homme ou une femme du sérail. Une option qui fait frémir en Suisse, alors que Lufthansa a déjà supprimé 22 000 postes dans le groupe.