Les statistiques avaient déjà ébranlé le mythe du Suisse réglant ponctuellement ses factures. Une infime amélioration a pourtant été observée selon les données récoltées par la société de gestion de créances Intrum Justitia. Le retard moyen mesuré dans le règlement des factures a en effet fléchi à 14,6 jours au quatrième trimestre 2003 (contre 15,1 jours au trimestre précédent). Ce qui n'empêche pas la Suisse de figurer en milieu de peloton en comparaison européenne, en compagnie de la République tchèque et de la Lettonie, soit derrière plusieurs pays scandinaves, mais devant ceux du Sud de l'Europe, ainsi que l'a annoncé à la presse mardi à Zurich Benno E. Oertig, membre de la direction de Intrum Justitia.

L'évolution pour les autres pays n'a pas encore été dévoilée pour cette période (voir comparatif en page 2). Le clivage Nord-Sud en matière de moralité de paiement se retrouve cependant non seulement en Europe, mais aussi en Allemagne. Et en Suisse à quelques nuances près. Car les Alémaniques affichent un taux de recouvrement de 2,7% bien meilleur que la Suisse romande (7%), laquelle fait moins bien que le Tessin (6,4%). Les pertes sur débiteurs occasionnées par les factures non payées se sont en revanche alourdies durant cette période, passant à 1,9% du chiffre d'affaires au quatrième trimestre 2003 (1,8% au trimestre précédent).

Les mobiles en cause

«Selon nos estimations, 10% environ des 3,2 millions de ménages en Suisse sont surendettés. Et l'évolution est encore plus inquiétante auprès des jeunes: un sur quatre en Suisse se trouve en effet dans cette situation et ne parvient pas à régler ses dettes», s'inquiète Thomas Kast, président de l'Association suisse des sociétés fiduciaires de recouvrement (connue sous son sigle alémanique VSI), qui comprend 40 membres, soit les quatre cinquièmes de la branche en Suisse. «Nous devons malheureusement constater que les renseignements «négatifs» communiqués par les offices de poursuites n'empêchent pas les signatures de contrats», déplore de son côté Werner Müller, président de l'Office des faillites de Schaffhouse. Ce dernier constate surtout que parmi les facteurs qui amènent les jeunes à se surendetter, «les factures de communication démesurées des téléphones portables sont très souvent en cause».

Ces problèmes font bien sûr les affaires des sociétés de recouvrements. «Ce ne sont pas les mandats qui manquent», a admis Thomas Kast. En 2003, les membres de l'association se sont vu confier près de 1,6 million de cas d'impayés, soit 2,7 fois plus qu'en 2002. Cette progression s'explique toutefois pour près de la moitié par l'adhésion de la société Billag, centrée sur le recouvrement des redevances radio et télévision. Par rapport à l'exercice précédent, le montant total des créances traitées par VSI a ainsi progressé de près de 16% pour s'établir à 829 millions de francs. Sur ce montant, 510 millions ont pu être encaissés par les membres de VSI. Ce qui représente un taux de recouvrement avant procédures judiciaires de 61,6%, donc inférieur à celui enregistré en 2002 (71,7%). Ce taux – jugé pourtant élevé par Joachim Lerf, vice-président de l'association – illustre bien la crainte qu'inspire chez le mauvais payeur une lettre de sommation d'un bureau de recouvrement.

Et pour nuancer la mauvaise réputation de la profession: «Il est évident que sur le plan éthique, nous faisons la différence entre les débiteurs incapables de payer et les débiteurs réfractaires. Avec les premiers, nous cherchons des solutions accommodantes, tandis qu'avec les seconds nous n'avons pas d'inhibition à serrer la vis dans les limites fixées par les procédures légales», commente Thomas Kast. C'est que les bureaux de recouvrement sont rémunérés selon leur performance (5% à 10% des sommes récupérées au sein du VSI).