Formation

Un job à 100% et des études en même temps

UniDistance, la seule université en ligne de Suisse reconnue par la Confédération connaît un nombre croissant d’inscrits. Un succès qui reflète nos parcours professionnels de moins en moins linéaires

«Le plus dur, c’était le travail de bachelor, à effectuer en huit semaines. Je me levais parfois à 4h du matin pour le rédiger avant d’aller au bureau.» David Rémondeulaz est commissaire adjoint de la police de Sion et responsable administratif. A l’âge de 37 ans, déjà titulaire d’un diplôme de l’EPFZ, il décide de se lancer dans un bachelor en droit. Mais parce qu’il travaille à 100% et est père de famille, il se tourne vers une formation particulière: UniDistance, seule institution universitaire bilingue à distance reconnue par la Confédération.

Etudier à distance, un vrai marathon. David Rémondeulaz en sait quelque chose. «Deux ou trois midis par semaine, pendant ma pause, j’allais étudier à la bibliothèque de Sion. J’ouvrais aussi mes livres entre 20 et 21 heures, une fois mon fils au lit, et j’investissais régulièrement la bibliothèque le samedi.» Des sacrifices que le commissaire était prêt à faire: «J’avais envie de m’ouvrir à de nouvelles perspectives professionnelles et le droit faisait sens pour mon métier. Je pouvais être plus performant et traiter les questions juridiques moi-même.»

Une demande croissante de compétences

Comme David, ils sont de plus en plus nombreux à rejoindre les bancs virtuels d’UniDistance. Parmi les étudiants, des employés, des mères au foyer et des sportifs, pour qui les études traditionnelles sont inconciliables avec leur activité. Depuis sa reconnaissance officielle par la Confédération en 2004, les étudiants sont passés de 550 à 1719. Chaque année, ils augmentent en moyenne de 10%. De quoi cette croissance est-elle le signe? «Elle renvoie à la déstandardisation des parcours de vie, qui connaissent de nombreuses bifurcations et réorientations, répond Nicky Le Feuvre, professeure de sociologie du travail à l’Université de Lausanne. Nous ne sommes plus dans la logique d’un choix de formation et de métier une fois pour toutes.»

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La professeure avance deux autres explications: «Cette progression montre aussi l’exigence croissante de certification de compétences pour avancer dans une carrière, l’expérience acquise en entreprise ne suffit plus forcément. Enfin, les filières qui connaissent beaucoup de succès à UniDistance, droit et psychologie, sont très prisées par les femmes. C’est le signe d’une transformation du rapport des femmes au marché de l’emploi.»

Plateforme en ligne, classes virtuelles et… cours en présence

Le cursus? Des études 2.0 en quelque sorte. Les quatre années et demie que dure un bachelor se suivent via une plateforme où se trouvent documents et devoirs et par le biais de classes virtuelles où le professeur enseigne en vidéo. Enfin, cinq samedis de cours en présence sont donnés chaque semestre. «Ces séances, dont trois sont obligatoires, permettent de se rencontrer, de voir les professeurs et de déceler de potentiels problèmes», détaille Damien Carron, directeur académique d’UniDistance.

Droit et psychologie, mais aussi communication, économie et intelligence artificielle sont notamment au programme d’UniDistance. «Nous n’avons pas l’intention de couvrir tous les domaines, annonce Damien Carron. Des facultés comme médecine ou biologie, qui exigent de nombreux travaux en laboratoire, seraient beaucoup plus compliquées à réaliser à distance.» Autre différence avec les universités traditionnelles: dans de nombreuses branches, seul un bachelor est réalisable. «Cela s’explique historiquement, on commence toujours par développer un bachelor, et on regarde ce qui fonctionne. Il est toujours mieux d’avoir un bachelor et un master, mais cela prend du temps et nous sommes une université jeune», souligne Damien Carron. Un semestre de bachelor coûte 1300 francs, sachant que le semestre coûte plutôt autour de 600 dans les universités suisses, mais peut aller jusqu’à 2000 francs selon les institutions.

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L’absence de master de droit en français représente un bémol pour David Rémondeulaz. Moins pour Katja Fleischer, elle aussi diplômée en droit à UniDistance et associée en fiscalité internationale chez Ernst & Young. «Le master ne m’offrirait pas un apport assez grand par rapport au sacrifice qu’il impliquerait.» Entamant un bachelor à 46 ans, elle a en effet passé nombre de week-ends et de vacances à étudier. Mais elle ne le regrette pas: «J’ai pris un énorme plaisir à le faire, c’était vraiment par intérêt personnel. Et j’ai une approche différente dans mon métier face aux nouvelles législations fiscales parce que je connais mieux le cadre légal.»

Des étudiants plus âgés

La concurrence avec les autres universités n’existe pas, selon Damien Carron. «80% des étudiants que nous avons interrogés disent que sans offre à distance, ils n’auraient pas repris d’études. Nous sommes complémentaires avec les universités traditionnelles en proposant une alternative à ceux qui ne peuvent pas y étudier.» Car les étudiants d’UniDistance ne sont en général pas de jeunes adultes à la maturité fraîchement décrochée. La tranche la plus représentée est celle des 31 à 40 ans, à 39%.

Un diplôme acquis à distance a-t-il la même valeur qu’un autre? Dans les faits oui, puisque UniDistance est reconnue par la Confédération et auprès des Etats signataires des accords de Bologne. En 2016, Le Temps avait révélé que les fausses écoles à distance qui revendiquaient un ancrage en Suisse étaient très nombreuses. Un nom peu connu ne souffre-t-il pas d’amalgames? «Nous sommes pris au sérieux, mais nous souffrons parfois d’un manque de visibilité, à côté d’une Université de Bâle ou de Genève qui n’ont pas besoin de faire de publicité. Notre nom doit s’établir.»

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