Un krach menace, entend-on souvent. Anthony Doyle, directeur des investissements au sein de l’équipe obligataire du gérant M&G, renforce les craintes des investisseurs en présentant des graphiques «pour fêter dignement Halloween». Il s’agit de la hausse de la dette, qui n’arrive pas à être apprivoisée, la fin progressive des achats de titres des banques centrales, la ruée des investisseurs sur les actifs risqués, la baisse des salaires réels et les risques protectionnistes. La reconnaissance des menaces par les investisseurs limite les risques, mais elle ne les élimine pas. Comment réagissent les hedge funds face à ces risques?

En principe, ce style d’investissement devrait profiter de n’importe quelle tendance de marché. Mais leur performance a souffert de taux d’intérêt extrêmement bas. «Une hausse des taux serait très favorable à ce style d’investissement», argumente Eric Syz, directeur général du groupe du même nom, lors du Syz Alternative Summit, organisé par la banque genevoise mardi à Zurich.

Fin de la mainmise des banques centrales

«La mainmise des banques centrales sur les marchés commence à prendre fin», reconnaît Kornelius Klobucar, associé fondateur du hedge fund Stone Milliner. Or un changement de politique est souvent une source de crise.

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La hausse des salaires et de l’inflation a démarré en Europe centrale. «Le grand changement de tendance des taux d’intérêt a commencé à l’Est. C’est pourquoi nous nous concentrons actuellement sur cette région, en particulier en République tchèque, en Pologne et en Hongrie», poursuit cette star des fonds «global macro» (lesquels font des paris sur les taux et les monnaies), à la tête de 6 milliards de dollars d’actifs sous gestion.

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Le gérant constate que les salaires augmentent de 13% par an en Hongrie, de 8 à 9% en République tchèque et en Pologne. L’inflation commence à se manifester dans la périphérie de la zone euro. «Ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle n’émerge ailleurs, aux Etats-Unis et même en Europe occidentale», indique-t-il. Pour profiter de ce changement, le hedge fund vend les obligations d’Europe centrale à travers des produits swaps (dérivés à terme).

Ailleurs dans le monde, le déclencheur du changement se reconnaîtra par l’augmentation des émissions nettes d’obligations, selon Kornelius Klobucar. La Fed réduit progressivement son bilan. La BCE et la banque du Japon sont également moins friandes de titres. L’impact sera massif. L’investisseur doit porter son analyse sur l’offre globale de titres plutôt que sur un seul pays, recommande-t-il.

Risque pour les actions?

Dans les actions, un risque de krach est toujours possible, mais il faut mettre la hausse des indices en relation avec les augmentations de bénéfices, indique Eric Syz, associé de la Banque Syz. La liquidité pourrait-elle subitement diminuer et provoquer une crise? Le gérant explique qu’en 2008 les banques avaient été forcées de vendre leurs positions. Aujourd’hui, le même phénomène ne peut pas se reproduire, explique-t-il.

Mais tous les styles de hedge funds ne seraient pas égaux en cas de turbulences. L’un des gagnants pourrait être le trend following. L’idée consiste à gagner de l’argent en suivant la tendance, qu’elle soit haussière ou baissière.

Le «machine learning» au service des hedge funds

Cette technique s’est fortement développée ces dernières années. «Aujourd’hui, le trend following utilise les découvertes du machine learning pour distinguer des tendances», explique Graham Robertson, associé de Man AHL, un géant de 19 milliards de dollars d’actifs. Avec cette technique, les algorithmes accumulent des data, par exemple sur les réseaux sociaux, et en déduisent un événement financier, comme une fusion d’entreprises ou une décision sur les taux. Graham Robertson qualifie de «CTA 3.0» (Commodity Trading Advisors) cette nouvelle génération de trend followers. L’étape précédente (CTA 2.0) consistait à employer des marchés non traditionnels pour distinguer des tendances, par exemple l’électricité. «Non seulement la tendance de cette dernière est clairement définie depuis des années, mais il n’y a pas de corrélation avec les actifs traditionnels», indique-t-il. Mieux encore, lors de la crise financière, les instruments non traditionnels n’ont pas subi une hausse de corrélation avec les actions, avance-t-il. La première génération de ce style de produits (CTA 1.0) était de type binaire. Le fonds prenait des positions longues sur un marché obligataire ou boursier haussier ou short sur un marché baissier.

Les hedge funds connaissent une année relativement favorable en termes de performance (+5,9% selon l’indice HFRI Weighed Composite), après une longue traversée du désert. Ils ont beaucoup souffert des taux d’intérêt extrêmement bas.