Cela paraît, en fin de compte, très logique. Vu les effroyables turbulences traversées par Credit Suisse ces douze derniers mois, les journalistes veulent désormais tenter d’expliquer l’origine de ces problèmes et leur donner du sens.

Alors que notre collègue Mathilde Farine publie chaque jour de cette semaine un nouvel épisode de sa saga sur la deuxième banque suisse dans les pages du Temps (le tout condensé en un long format web ici), le journaliste à La Liberté Yves Genier sort cette semaine un livre à la thématique similaire. Il s’intitule Scandales chez Credit Suisse, aux Editions Attinger.

Si les deux opérations n’ont pas été réalisées en collaboration, leur publication simultanée ne doit rien au hasard: la semaine dernière, le président de la banque a présenté une nouvelle stratégie qui doit ramener l’établissement zurichois sur le chemin de la croissance.

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Mais là où l’enquête du Temps se concentre sur la banque en elle-même et cherche, dans son histoire et sa culture, les explications à la cascade de scandales plus ou moins récents (Archegos, Greenshill), l’ouvrage publié ce jour a manifestement une autre visée: inscrire les déboires de Credit Suisse dans les remous globaux rencontrés par la finance du XXIe siècle, une industrie «en crise existentielle profonde».

Régulation trop limitée

Après avoir détaillé les scandales récents traversés par la banque, l’auteur dresse un bref portrait historique de la «vieille dame de la Paradeplatz» et embraie sur les scandales «des autres banques». On y parle alors pêle-mêle des Panama Papers, de HSBC et Deutsche Bank mais aussi de Pierin Vincenz (Raiffeisen) ou de l’argent de Juan Carlos à Genève.

Pour l’auteur, tous ces scandales s’expliquent par l’inondation de liquidités post-crise de 2008, l’arrivée des cryptomonnaies et des néobanques. Mais aussi parce que les banquiers courent toujours après des «rémunérations stratosphériques», que les actionnaires sont absents et les autorités de régulation «ont des pouvoirs limités».

En choisissant de mêler ainsi les scandales de Credit Suisse à ceux des autres banques, l’auteur réussit certes à bien résumer toutes les affaires financières de ces dernières années. Il manque par contre peut-être l’occasion de montrer en quoi – et pourquoi – la deuxième banque suisse se révèle en fin de compte plus «incapable de s’adapter à son univers contemporain» que ses concurrentes.


«Scandales chez Credit Suisse, quand les banques perdent la tête», Ed. Attinger, 224 pages.