Un PIB en hausse de 2,9% au troisième trimestre, un taux de chômage de 2,7% en novembre: il paraît loin, le temps où les experts dénonçaient la «panne de croissance» suisse.

C'est justement quand les choses vont bien qu'il faut s'atteler aux réformes, répond Avenir Suisse, groupe de réflexion d'inspiration libérale qui publie la version française d'un livre paru en allemand en juin 2007* . La parution sera suivie de trois débats en Suisse romande, car «le temps des avant-gardes est révolu, celui des discussions de fond est venu», dit Xavier Comtesse, directeur romand d'Avenir Suisse.

Si la Suisse va mieux, analyse la première partie du livre, elle le doit pour les deux tiers à la croissance généralisée que connaît le monde, une situation exceptionnelle dont ont particulièrement profité (jusqu'ici) les banques. Le tiers restant est dû aux réformes intérieures, comme la loi sur le marché intérieur, la libre circulation des personnes, l'assainissement des finances publiques ou la révision de l'assurance invalidité.

D'importantes faiblesses structurelles demeurent, poursuivent les auteurs Frank Bodmer et Marc Surchat. La faible croissance de la productivité est souvent citée. En revanche, on ne parle pas assez de la lente atrophie du marché de l'emploi, estiment-ils. Contrairement à une idée répandue, le taux d'activité de la population suisse a reculé entre 1991 et 2005, quels que soient les indicateurs retenus. Les causes sont multiples: retraites anticipées, études prolongées, fausses incitations du filet social. Les autorités ne s'y sont que marginalement attaquées jusqu'ici.

Les pistes de réformes

L'analyse détaillée par branche d'activité fait aussi ressortir la faiblesse persistante du marché intérieur, due en particulier à une forte densité de règlements étatiques (supérieure à la moyenne des pays OCDE) et le retard pris à libéraliser les services publics comme les télécoms, la poste et l'électricité.

La seconde partie du livre esquisse les pistes de réformes, sous la plume de David Iselin et Hans Rentsch. Une partie d'entre elles consiste à mieux promouvoir le capital humain en modernisant les assurances sociales, en investissant dans la formation et en favorisant l'immigration de main-d'œuvre qualifiée. L'autre partie consiste à alléger le carcan réglementaire pesant sur le marché intérieur.

Le livre est en particulier destiné «aux députés romands qui siègent à Berne», dit Boris Zürcher, membre de la direction d'Avenir Suisse. Ceux-ci découvriront en mars prochain le contenu du deuxième «paquet croissance» auquel le Conseil fédéral met actuellement la dernière main.

* La Croissance, une chance pour des réformes fondamentales, Frank Bodmer, Marc Surchat, David Iselin et Hans Rentsch, Avenir Suisse, Editions NZZ, 176 p., 39 francs.