L'union fait la force. Fortes de ce principe, des entreprises vaudoises ont décidé de se regrouper au sein d'une structure, avec comme objectif de réduire leur facture d'électricité. Née de la rencontre d'une quinzaine de sociétés, la nouvelle entité Valdem pèse d'ores et déjà plus de 110 gigawattheures (GWh) par an en terme d'achat d'électricité, soit environ 15% de la demande d'électricité des entreprises du canton.

«Le groupement Valdem a souhaité initier cette démarche afin de s'assurer de la compétitivité des conditions de prix d'énergie et d'acheminement vaudois, en comparaison avec d'autres tarifs suisses et européens», explique Claude Cornaz, administrateur-délégué de Swiss Electricity, entreprise spécialisée en énergie qui gère Valdem.

Ce groupe de pression estime qu'il existe d'énormes disparités de prix à l'intérieur même du canton de Vaud. A Yverdon, la facture d'électricité pourrait ainsi s'avérer 50% plus chère que sous d'autres latitudes cantonales. Une différence qui s'élèverait jusqu'à 70% par rapport à Genève. «Si les industriels vaudois ne montrent pas leur ferme volonté de voir ce prix ne pas dégrader leur compétitivité, personne ne le fera à leur place», renchérit Claude Cornaz, qui escompte bientôt atteindre 200 entreprises adhérentes.

Potentiel d'économies

Plus précisément, Valdem veut obtenir en priorité des distributeurs qu'ils indiquent clairement le prix de l'acheminement de l'électricité pour les entreprises alimentées par la trentaine de distributeurs vaudois. Pour mémoire, ce coût représente 20 à 40% de la facture finale. Pratiquement, chaque membre du groupement transmet ses factures à SwissElectricity. De cette façon, elle entend optimiser les achats d'électricité et les conditions d'approvisionnement de tous ses affiliés. En parallèle, elle souhaite maîtriser les variations de consommation et de prix de chaque membre individuellement.

Valdem souhaite sensibiliser autorités et fournisseurs aux réalités des entreprises qui doivent bénéficier d'une infrastructure et de conditions compétitives pour maintenir leurs activités dans le canton. Avec les distributeurs, elle souhaite un dialogue sans tension. En toile de fond de ces futures négociations, l'introduction prochaine d'une législation fédérale en matière d'électricité (LAPEL) et la renégociation l'an prochain des contrats des entreprises vaudoises qui utilisent plus de 100000 kilowattheures (KWh) par année et qui pourront choisir leurs distributeurs, si celle-ci est validée la semaine prochaine par les parlementaires. A Genève, une structure similaire à Valdem, comprenant une quarantaine d'entreprises, avait permis des réductions de la facture d'électricité de 40 millions de francs en 2006, suite à l'intervention de Monsieur Prix.

Ouvert à la discussion

Du côté des distributeurs, certains se montrent sereins et ouverts à la discussion. Des réunions ont d'ailleurs déjà été agendées entre les deux parties. «Nous avons pris connaissance de la naissance de Valdem et sommes prêts à discuter», selon Daniel Herrera, porte-parole de Romande Energie, un des gros distributeurs vaudois. Ce dernier indique que Valdem ne pèse pour l'heure que 110 GWh alors que l'ensemble de la consommation vaudoise s'élève à 3,7 terrawattheures et que Romande Energie compte 200000 clients.

Le distributeur rejette aussi les reproches sur les prix, même si ceux de Valdem ne sont pas dirigés contre lui. Ils s'orientent plutôt vers des entreprises nettement plus chères. D'ailleurs, Romande Energie se dit convaincue que sa clientèle entreprises paie des tarifs «tout à fait dans la moyenne suisse». En deux ans, le distributeur vaudois a ainsi réduit ses factures de 42 millions de francs.

Baisse de 8% à Genève

Valdem va-t-il réitérer son coup genevois et solliciter l'intervention de Monsieur Prix dans le canton de Vaud? A priori, non, rétorque Claude Cornaz. Toutefois, si la situation devait s'enliser, «cette éventualité ne serait pas à négliger». D'après Valdem, les prix du transport annoncés - officieusement - par les distributeurs vaudois sont tous plus élevés que le tarif genevois avant l'intervention de Monsieur Prix. «Elle a conduit à une baisse de 17% sur le prix du transport, soit 8% de la facture annuelle d'électricité, à Genève», anticipe Claude Cornaz. Une épée de Damoclès qui n'inquiète pas Romande Energie. «Nous sommes également disposés à discuter avec Monsieur Prix», lance Daniel Herrera, qui rappelle que le Service de la surveillance des prix du Département fédéral de l'économie n'édicte que des recommandations.