«Ne serait-il pas plus simple de mesurer la qualité des recommandations d'analystes, au lieu de réglementer à tout va», se demande Jean-Claude Dufournet, le directeur d'Isfa. Cette filiale de l'association professionnelle des analystes financiers, la Swiss Financial Analysts Association (SFAA), vient de lancer un logiciel pour mesurer les recommandations émises sur les fonds de placement.

L'Isfa n'en est pas à son coup d'essai. Elle avait déjà créé un programme informatique qui mesure la pertinence des recommandations émises par les analystes financiers sur les actions individuelles. Le nouveau logiciel, Isfa funds, se base d'ailleurs sur certains principes développés pour le précédent.

Les revendeurs de fonds sont «exposés à plusieurs conflits d'intérêts», note Jean-Claude Dufournet. Les conflits directs résident dans les rétrocessions. Les gérants préfèrent proposer à leurs clients les fonds qui leur payent les plus grasses rétrocessions. Les conflits indirects résultent de l'incapacité qu'ont de nombreux gérants à sélectionner eux-mêmes des fonds au sein d'un si vaste univers. Ils se contentent alors d'acheter ce que les banques ou les agences de notation leur recommandent. Elles sont aujourd'hui équipées pour délivrer de tels avis. «Il y a davantage d'analystes de fonds que d'analystes sur les actions», poursuit le directeur d'Isfa.

Classiquement, un analyste de fonds établi une recherche quantitative sur des listes de fonds. Après une première sélection, il procédera à une recherche qualitative. Les fonds de cette seconde liste sont alors approchés pour négocier le montant des rétrocessions qu'ils sont prêts à payer à la banque qui les recommandera. Tous les fonds ne sont pas retenus. Parmi cette dernière liste, plus courte, l'analyste peut aussi choisir de maintenir un fonds ou de l'exclure temporairement.

Le nouveau logiciel permet de mesurer la performance des recommandations d'analystes par rapport à un univers choisi par la banque. Elle peut, par exemple, considérer l'ensemble des fonds sur une classe d'actif ou seulement ceux qui sont dans la liste de ceux qui font l'objet d'un contrat de négociation. Mais le prix élevé du logiciel interdit aux conseillers indépendants de mesurer leurs propres performances. Il coûte 25000 francs. S'ajoute à ce chiffre le prix des données brutes fournies par Lipper, il est compris entre 750 et 9000 francs.

En réalité, le nouveau produit restera un outil pour les banques. Peut-être qu'elles l'utiliseront comme moyen de marketing, comme le fait la Banque cantonale de Zurich avec le logiciel sur les actions. Ce premier logiciel a été vendu à 8 des 10 plus grandes banques suisses, seul UBS et la BCV ne l'utilisent pas. Trois banques allemandes l'ont aussi acheté. Le nouveau programme «pourrait permettre de calculer les primes de fin d'année des sélectionneurs de fonds», estime un professionnel qui a contribué à l'élaboration du modèle.

Les utilisateurs potentiels, réunis au sein de l'association des analystes, ont préféré la base de données de Lipper, pour faire tourner leur application. Mais, moyennant quelques adaptations, il marchera «avec les autres bases de données», assure Jean-Claude Dufournet.