Le marché de la gestion de fortune en Allemagne reste un des plus attrayants en Europe, en dépit des tensions fiscales entre les deux pays. En 2010, l’Allemagne comptait 924 000 millionnaires en dollars, contre 862 000 un an plus tôt, selon la dernière étude de Cap Gemini et Merrill Lynch. Le pays se classe au troisième rang mondial après les Etats-Unis et le Japon.

Rien d’étonnant au fait que les banques helvétiques ne ménagent pas leurs efforts pour séduire la clientèle outre-Rhin. Selon la SonntagsZeitung, l’impôt à la source sur les actifs allemands sera fixé à 26%. L’accord devrait être signé le 10 août, selon l’hebdomadaire, qui cite des personnes proches du dossier.

Parmi les établissements spécialisés dans la gestion de fortune, Julius Baer a ouvert deux nouvelles succursales, à Kiel et Würzburg cette année, en plus des cinq grandes villes où la banque était déjà présente. A la fin du mois de juillet, Boris Collardi, son directeur général, soulignait le «très fort» afflux de nouveaux capitaux dans les activités onshore de la banque outre-Rhin. Toutefois, avec des actifs de 2 milliards de francs en Allemagne, la banque se situe encore en dessous du seuil de rentabilité. Pour y parvenir, au moins 4 milliards seraient nécessaires, «ce qui prendra encore un peu de temps», admet Dieter Enkelmann, directeur financier, en juillet.

Par contraste, la banque Sarasin est un des rares établissements étrangers qui dit être déjà rentable en Allemagne. L’établissement a ouvert en juin une nouvelle succursale à Cologne et emploie 70 collaborateurs outre-Rhin. «Depuis que nous avons obtenu une licence complète en 2008, nous avons constamment accru nos actifs sous gestion», relève Benedikt Gratzl, son porte-parole. Et de souligner que l’établissement «a atteint le seuil de rentabilité durant sa troisième année d’activité en Allemagne», soit depuis 2010. La banque Vontobel, qui décrit l’Allemagne comme son deuxième principal marché, reste, elle, plus floue sur la rentabilité de ses activités outre-Rhin, où elle est présente dans quatre villes.

Du côté des deux grandes banques, Credit Suisse, dont les locaux en Allemagne ont été perquisitionnés l’an dernier, n’a jamais réduit sa présence outre-Rhin. A la fin de 2010, la deuxième banque helvétique employait dans ses 12 filiales quelque 750 collaborateurs, un nombre qui est resté constant ces dernières années. Selon son service de presse, la banque se concentrera sur la clientèle des «très riches» et «ultra-riches».

LGT se retire d’Allemagne

Sans surprise, UBS vise les mêmes segments de clients. Avec un certain succès, puisque ses actifs sous gestion ont augmenté de plus de moitié entre 2004 et 2010. En Allemagne, ils s’élevaient à 26,1 milliards d’euros en fin d’année dernière, 0,6 milliard de plus par rapport à 2009, et par rapport aux 30,7 milliards atteints à la fin de 2007. Présente dans 14 villes, la banque emploie quelque 1160 collaborateurs outre-Rhin, dont 720 dans la gestion de fortune.

Les difficultés de ce marché ne sont pas à sous-estimer. En février, le groupe LGT faisait encore part de ses importantes ambitions outre-Rhin. En mai dernier, la banque liechtensteinoise a toutefois annoncé son retrait complet d’Allemagne, faute d’avoir obtenu l’autorisation de racheter la BHF Bank. Présente depuis plus de dix ans outre-Rhin, LGT n’y a jamais atteint une taille suffisante pour être rentable.