Les produits structurés représentent encore 4,5% des portefeuilles des banques suisses (6,4% en 2007). Le marché paraît, au premier regard, souffrir de la baisse du volume d’activité. La demande est même en sensible baisse en avril, ainsi que l’indique le graphique ci-joint. Le chiffre d’affaires des produits traités sur Scoach a diminué de plus de la moitié en un an. Face à des investisseurs qui se concentrent sur l’essentiel, la préservation du portefeuille, les émetteurs limitent leur offre à des catégories de produits simples et connues, avec de solides protections à la baisse. Pourtant, à y regarder de plus près, l’agitation règne dans les coulisses. Tant en raison du marché lui-même que des modifications réglementaires en cours dans le cadre de la révision de la loi sur les placements collectifs et de la future loi sur les services financiers (voir l’article d’Olivier Stahler et l’interview de Daniel Sandmeier).

Sur le marché lui-même, tout le monde sait qu’un acteur de poids s’est effacé. Clariden Leu, dont les produits étaient destinés à la distribution publique, a été intégrée au sein de Credit Suisse. Par ailleurs, des acteurs tels que Macquarie se sont retirés.

A l’inverse, le marché suisse est en train d’accueillir de nouveaux émetteurs de poids. La Royal Bank of Canada (RBC), l’une des dix plus grandes banques au monde, investit en Suisse, avec l’intention de devenir un leader des structurés pour les banques privées et les gérants de fortune. Stefan Hascoet et son équipe, répartie entre Genève, Lausanne et Lugano, ont l’avantage d’un rating de AA- auprès de Standard & Poor’s et d’une image de banque la plus solide d’Amérique du Nord. Dans une récente interview au magazine Payoff, il a déclaré vouloir coter ses produits sur la bourse Scoach. D’autres acteurs anglo-saxons reviennent par ailleurs en Suisse.

Mais l’évolution la plus intéressante concerne sans doute les intermédiaires. Il s’agit, dans la chaîne des valeurs, d’acteurs positionnés entre l’investisseur final et l’émetteur. Un rôle aussi utile que précaire.

Le modèle d’affaires est certes limpide: il s’agit d’offrir les meilleures solutions au meilleur prix. Mais sans base de clients suffisamment étoffée, il est bien compliqué de frapper à la porte des émetteurs pour obtenir un prix avantageux. Plusieurs petits acteurs se sont ainsi retirés. Comme l’affirme un expert, c’est un modèle d’affaires qui peine à passer l’épreuve du temps. Il faut être capable de passer sans encombres de longs mois avec une faible activité. Le phénomène de concentration va sans doute s’accélérer si le calme du mois d’avril se prolonge, si la tendance des actions part durablement à la baisse et si la volatilité – la matière première de l’expert en structurés – n’augmente pas sensiblement.

De nouvelles boutiques de structurés naissent pourtant à un rythme régulier. Global Financial Products a par exemple été créée l’année dernière par des anciens de Cantor, Picard Angst et RBS. Cet intermédiaire, dorénavant membre passif de l’Association suisse des produits structurés (ASPS), comprend 8 spécialistes à Lausanne, Zurich et Pfäffikon.

Chaque intermédiaire doit disposer d’une réelle plus-value. Dans le cas de GF Products, Cédric Ullmo met en avant son modèle de risque (VaR) et sa mesure de probabilité de toucher les barrières, dans le cas des produits d’optimisation. Mais sans spécificité, il est bien compliqué de se faire une place au soleil.

Les pressions du marché et de la Finma sont en effet de plus en plus exigeantes en matière de transparence. Les modèles d’affaires alimentés par les rétrocessions n’ont plus leur place. Au sein des produits, l’innovation est nettement plus vivace que ne l’affirment les critiques des banques. Il est ainsi possible d’investir en Suisse en remimbis et d’acheter des grandes entreprises chinoises. En attendant la venue de produits en roubles…

Par ailleurs, tandis que la zone euro traverse de nouvelles turbulences, on notera l’intérêt notable des investisseurs pour des structures comportant un risque de contrepartie industriel, comme Glencore et Holcim, plutôt que souverain (Italie ou Espagne).

Enfin, sur le plan technologique, le marché se rapproche aussi des nouveaux comportements des particuliers. De plus en plus d’émetteurs offrent des «applications» iPhone spécialisées sur les produits structurés.