Échanges

Un marché unique pour faire avancer l’Afrique

Avec 1,2 milliard de personnes en 2020 et 2,4 milliards en 2050, le continent africain se prépare à devenir la plus grande zone de libre-échange du monde

Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité. L’Afrique a pris bonne note de cet adage et s’apprête à réaliser un vieux, mais oh combien monumental projet. Si tout va bien, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec), 1,2 milliard de consommateurs en 2020 et 2,4 milliards en 2050, sera opérationnelle en juillet 2020. Cet objectif a été acté par l’Union africaine (UA) réunie dimanche dernier à Niamey, capitale du Niger. Il s’agira alors du plus grand marché unique du monde. Elle a été évoquée une première fois en 1991 et c’est en 2012 que les dirigeants africains ont donné le feu vert à cette initiative.

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La première conséquence de l’ouverture des marchés nationaux serait une hausse des échanges intra-africains. Selon l’UA qui regroupe 55 Etats africains, la Zlec prévoit une augmentation du commerce intra-africain à près de 60% d’ici à 2022, contre 15% actuellement. L’essentiel des échanges se fait avec l’Union européenne, puis l’Asie. La Suisse n’est pas en reste. En 2017, elle était le dixième investisseur dans le continent, avec un stock de 13,5 milliards de francs sur les quinze dernières années. Cette même année, les exportations suisses s’élevaient à 3,4 milliards de francs, soit 1,6% du total.

Tracasseries aux frontières

A présent, les échanges entre pays africains, même frontaliers, tiennent de la gageure. C’est un fait connu que les camions chargés de marchandises sont souvent bloqués à la douane pour cause d’interminables tracasseries bureaucratiques. Les taxes douanières peuvent actuellement aller jusqu’à 100%, tandis que les normes varient de pays en pays. Il n’est pas rare que les camionneurs doivent graisser les pattes des gardes-frontières pour franchir les barrages. Il va sans dire que le manque d’infrastructures (routes, rail, ports) freine les échanges.

«La question n’est plus si la Zlec se fera ou pas; elle sera réalité dans une année, s’enthousiasme Milasoa Chérel-Robson, économiste à la Cnuced, l’organisation onusienne basée à Genève qui soutient le projet africain de libre-échange. A l’exception de l’Erythrée, tous les 55 Etats africains y ont adhéré.» Y compris le Nigeria, le géant d’Afrique de l’Ouest, qui, au départ, se méfiait de la concurrence de pays à bas coûts de production.

D’inspiration européenne

La prochaine étape sera technique. «Les Etats définiront d’ici à janvier le calendrier de réduction des droits de douane, fait comprendre Milasoa Chérel-Robson. Le processus de libéralisation se fera graduellement, les pays les moins avancés pouvant bénéficier d’une plus longue période de transition.» Les techniciens doivent encore démarrer les travaux sur un système de paiement numérique, un portail de suivi et sur les règles d’origine. Selon la Cnuced qui vient de publier son rapport 2019 sur l’Afrique, les règles d’origine – un passeport qui permet aux biens de circuler en franchise de droit à l’intérieur d’une zone de libre-échange – donneront un coup de fouet aux échanges dans le continent. Par ailleurs, l’introduction d’une monnaie unique pour l’ensemble du continent est également au programme.

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«Nous n’anticipons pas de problèmes majeurs sauf que certains pays pourraient mettre plus de temps à compléter les tâches techniques», poursuit l’économiste de la Cnuced. D’autres auront la difficulté de se passer des taxes douanières du fait que celles-ci représentent encore une bonne partie de leur revenu national.

Le secrétariat de la Zlec sera basé à Accra, capitale du Ghana. La Zlec s’inspire largement des accords de libre-échange déjà existants, dont le marché commun européen dont la gestation avait commencé en 1957 avec le Traité de Rome.

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