Chacun sait que bon nombre de transactions se réalisent par l’intermédiaire d’amis bien placés. En effet, nous travaillons plus volontiers avec des individus que nous apprécions et auxquels nous accordons notre confiance. «"Avoir des relations" et, plus encore, être capable d’élargir le cercle de ces relations sont des clés bien connues de la réussite professionnelle», résume le sociologue Jean-François Amadieu. Les patrons du CAC40 l’ont bien compris: ils font tous partie d’un réseau.

De nombreuses études portent sur l’influence souterraine de nos connaissances et amis sur notre carrière et niveaux de salaire. Des chercheurs de l’Université du Texas ont ainsi démontré que les négociations de salaire ont un résultat bien supérieur lorsqu’elles sont menées par des individus disposant d’une relation personnelle avec l’organisation avec laquelle ils négocient. L’économiste Kenneth Arrow remarque de son côté que la moitié des différences de salaire entre Américains sont inexpliquées et que, dans cet ensemble de «raisons mystérieuses», 15% des écarts s’expliquent par le réseau d’amis et la famille des individus.

En Suisse romande, la majorité des postes ouverts ne circule que sur le «marché gris». Conscients de cette réalité, de nombreux individus choisissent de faire un MBA dans l’espoir de bâtir un réseau de relations influentes. A cet égard, les formations exigeantes où seule une poignée d’élus est acceptée sont particulièrement prisées puisqu’elles sont réputées ouvrir les portes d’une élite internationale.

Quatre pôles

Eric Ellberger, titulaire d’un MBA de l’université de Géorgie, aux Etats-Unis, explique que l’action du réseau MBA s’organise autour de quatre pôles principaux: les camarades de promotion, les anciens alumnis, les enseignants qui peuvent mettre en relation leurs étudiants avec des personnes de leur réseau, et les salons de l’emploi. Si ce contrôleur financier n’a pas obtenu son emploi actuel grâce à ses contacts, il sait pouvoir compter sur son carnet d’adresses en cas de besoin. «Mes camarades de promotion avec qui j’ai tissé des liens d’amitiés très solides occupent pour la plupart des postes à responsabilités. Le réseau de l’université de Géorgie compte par ailleurs plus de 50 000 étudiants éparpillés à travers le monde. Même si on ne se connaît pas, le fait d’avoir suivi la même formation crée un lien de fraternité. Lorsque j’ai déménagé à Zurich, les anciens alumnis que j’ai contactés via le forum de l’université m’ont par exemple immédiatement prodigué des conseils utiles et, par leur soutien, ont grandement contribué à ce que je me sente bien dans cette ville.»

Un étudiant avisé choisira son MBA en fonction du réseau dont il a besoin.

Luc Craen, managing director à la EU Business School, insiste lui aussi sur l’importance d’un bon réseau et rapporte à cet égard une anecdote amusante: «Il y a quelques années, nous avons eu dans la même classe une étudiante hollandaise dont le père travaillait pour la société de camions DAF Trucks et un étudiant dont le père était le directeur général d’une succursale de Goodyear, le manufacturier de pneus. Pendant des années, Goodyear a tenté sans succès de contacter DAF Trucks pour lui proposer ses pneus. En 9 mois, les deux étudiants devenus amis au cours de leur formation ont réussi ce que leurs parents n’étaient pas parvenus à faire en plusieurs années: mettre en relation les deux sociétés.

Choisir son MBA, c’est choisir son réseau

Jean-Yves Mercier, responsable des programmes de développement personnel du MBA de l’Université de Genève, attire l’attention sur le fait que l'étendue de l'influence d'un réseau se mesure sous plusieurs formes. Le réseau peut en effet couvrir un champ géographique mais aussi un champ professionnel, par métiers ou fonctions. «Un étudiant avisé choisira son MBA en fonction du réseau dont il a besoin. Si vous travaillez par exemple pour une entreprise d’envergure mondiale, la formation à l’IMD est intéressante parce qu’elle donne accès à un réseau de cadres de nationalités différentes. En revanche, une personne qui travaille pour une petite PME aura davantage intérêt à suivre un programme plus régional lors duquel il réseautera avec des personnalités et des entreprises locales. S’agissant du champ professionnel, un passionné d’aéronautique suivra plutôt une formation ciblée sur l’aviation afin de se créer un réseau d’amis et de connaissances qui partagent les mêmes intérêts que lui.»

L’exemple à ne pas suivre? Celui de l’étudiant qui n’a pas réfléchi en termes de réseau et qui a choisi un MBA régional à Madrid. «Il avait envie de se frotter à une autre culture. Il en est revenu avec une bonne connaissance des us et coutumes madrilènes mais en termes de contacts, le retour sur investissement était quasi nul.»

De la physicienne nucléaire à la coach sportive

Xenia Rojdestvenskaya, étudiante en EMBA à l’université de Genève, organise depuis 2014 des rencontres professionnelles mensuelles entre ses camarades de promotion, ses collègues et son cercle d’amies. «Le Working & Winning Ladies Circle regroupe une soixantaine de femmes actives de tous horizons. Cela va de la physicienne nucléaire à la coach sportive, en passant par l’employée de banque ou encore l’assistante médicale. Avant chaque événement, j’envoie les noms, le métier et le courriel des participantes. Si certaines d’entre elles veulent par la suite réactiver ce réseau, elles sont en possession de toutes les informations pour ce faire.»

Quid des MBA en ligne? Est-il possible de se constituer un bon carnet d’adresses en suivant une formation à distance? Tout dépend du dispositif mis en place par l’école, répond Luc Craen. «Notre programme en ligne propose trois rencontres annuelles: à Genève, Munich et Barcelone. Des liens se créent toujours à ces occasions. Cela amuse par ailleurs beaucoup les étudiants de pouvoir mettre un visage sur un ami virtuel. En effet, le restant du temps, ils communiquent entre eux sur le forum de l’école.»

Ce n’est pas parce que l’on échange trois phrases sur un forum universitaire et que par la suite on est connectés sur LinkedIn que l’on crée des liens et que l’on va s’entraider.

Jean-Yves Mercier est plus circonspect. Pour lui, un contact direct, personnel et humain reste encore indispensable pour se constituer un réseau efficace. «Ce n’est pas parce que l’on échange trois phrases sur un forum universitaire et que par la suite on est connectés sur LinkedIn que l’on crée des liens et que l’on va s’entraider. Les vraies amitiés se nourrissent de vraies rencontres.»

L’université de Genève a cependant pris le pari d’ouvrir l’année prochaine un MBA partiellement à distance. «Ce programme s’adressera surtout à des profils internationaux tels que des managers qui résident en Inde ou en Chine et qui ne peuvent pas prendre l’avion toutes les deux semaines pour suivre un cours à Genève.» Comme pour la EU Business School, les participants se rencontreront physiquement à trois reprises afin, précisément, «de créer des liens authentiques.»


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