Numérique

Un millionnaire de la Silicon Valley pour doper l’entrepreneuriat en Suisse

Alain Chuard, vétéran de Palo Alto, a vendu en 2012 sa société Wildfire à Google, avant de rejoindre le géant américain. De retour en Suisse, il lance, avec un autre Bernois, Christian Hirsig, un portail en ligne pour motiver les start-upers helvétiques

Alain Chuard, l’un des Suisses les plus connus de la Silicon Valley et Christian Hirsig, serial entrepreneur bernois, viennent de lancer Swisspreneur.org. Leur plateforme en ligne, qui se définit comme étant une nouvelle organisation à but non lucratif, vise à susciter l’esprit start-up auprès des générations X, Y et Z. Soit encourager les jeunes suisses à se laisser tenter par une aventure professionnelle en tant qu’indépendants.

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«Bien que la Suisse soit l’un des pays les plus innovants du monde, son territoire n’a pas produit beaucoup de sociétés en démarrage ayant joué un rôle à l’échelle planétaire. Je pense que cela est dû principalement à l’aversion au risque qui caractérise la mentalité helvétique», déplore Alain Chuard. Rompu à la culture entrepreneuriale de la baie de San Francisco, ce dernier est un ancien professionnel du snowboard, jadis classé parmi les quatre meilleurs compétiteurs de Suisse. Diplômé de l’Université de Stanford – l’usine à champions numériques de Californie –, il a d’abord travaillé deux ans comme analyste financier auprès de Salomon Smith Barney à New York.

Une autre approche de l’échec

Avant de se reconvertir en start-uper, avec la création en 2001 d’Access Trip, une entité spécialisée dans la vente de voyages. Alain Chuard a, depuis, posé ses valises à Palo Alto, la Mecque des nouvelles technologies. Il s’est surtout fait connaître mondialement pour avoir vendu au courant de l’été 2012 à Google son autre société: Wildfire (fondée en 2008 et employant jusqu’à 400 salariés), active dans les médias sociaux et le marketing. La transaction a permis à ce Bernois d’origine, qui a grandi dans le village de Bollingen (Zürich) avant de s’expatrier aux Etats-Unis à l’âge de 20 ans, d’empocher 450 millions de dollars. Et de rejoindre jusqu’en 2015 les rangs de l’écrasant numéro un mondial des moteurs de recherche.

«En Suisse, la définition commune du succès se résume à accomplir de brillantes études afin d’espérer un gros salaire, dans le cadre d’un travail stable en entreprise, estime Alain Chuard. Risquer de lancer sa propre société est typiquement vu comme un comportement inconsidéré pouvant potentiellement ternir son CV en cas d’échec.» Alors qu’aux Etats-Unis, un entrepreneur ne sera au contraire respecté que s’il a failli – même à plusieurs reprises –, considérant qu’il s’agit plutôt d’un gage d’expérience et de maturité, puisqu’il aura en toute logique appris de ses erreurs passées.

Dans l’intimité de ceux qui ont réussi

L’idée de Swisspreneur.org est née d’une rencontre en 2014 avec Christian Hirsig, fondateur d’Atizo, un portail de crowdsourcing racheté la même année – pour un montant gardé secret – par HYPE Innovation. «La première étape de notre mission est de diffuser des vidéos inspirantes d’innovateurs et autres leaders économiques de Suisse ou d’ailleurs, explique cet autre Bernois, mais ayant de son côté grandit dans la commune de Belp. C’est à travers l’intimité de leur parcours – leurs succès, leurs échecs, leurs plus grands regrets et leurs conseils pratiques incontournables – que nous espérons pouvoir guider la prochaine génération de start-upers suisses et ainsi doper l’écosystème entrepreneurial du pays.»

Les premières têtes d’affiche du nouveau portail web: Myke Näf, fondateur de Doodle, Dania Gerhardt, à l’origine d’Amazee Labs et Alain Chuard en personne. D’autres épisodes gratuits doivent compléter régulièrement le dispositif, dont un à venir prochainement avec Toni Schneider, cofondateur d’Automattic, ainsi qu’un autre avec Daniel Graf, cheville ouvrière de Kyte et chef de produit pour Uber.

«L’économie mondiale est en pleine mutation et les nouvelles technologies sont en train d’altérer profondément la nature des emplois disponibles, rappelle Alain Chuard. Je pense qu’il est primordial pour les jeunes suisses d’adopter une approche plus ouverte et davantage flexible envers leur carrière.» Traduction: Swisspreneur.org est censé aider la fine fleur helvétique à acquérir les outils et l’état d’esprit nécessaires pour rivaliser dans un contexte numérique toujours plus exigeant.

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