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Un nouveau duo à la tête de Richemont 

Richard Lepeu et Gary Saage, directeurs général et financier, sont sur le départ. Georges Kern (IWC), Jérôme Lambert (Montblanc) montent dans la nouvelle hiérarchie. De nouvelles mesures d’économies ne sont pas exclues. A tous les étages

Richemont tranche dans le vif. A l’occasion de la publication des chiffres semestriels – à nouveau en recul – de son exercice 2016-2017, le propriétaire des marques Cartier, Montblanc ou Jaeger-LeCoultre a annoncé vendredi une profonde refonte de son organisation. Le poste de directeur général disparaît au profit d’une structure de direction plus horizontale.

Richard Lepeu, 64 ans dont 30 de fidélité au groupe, va quitter ses fonctions le 31 mars 2017, lorsqu’il arrivera à l’âge de la retraite. Son directeur financier, l’américain Gary Saage, dans la maison depuis 28 ans, retournera aux Etats-Unis le 31 juillet prochain. Burkhart Grund, son actuel adjoint, le remplacera aux finances. Frank Vivier, jusqu’ici responsable du e-commerce, rejoint également la direction générale. Il est nommé «Chief Transformation Officer».

Deux patrons de marque prennent du galon. Celui de Montblanc, Jérôme Lambert, devient chef des opérations. Selon la terminologie du groupe, il sera responsable des «services centraux et régionaux et des marques autres que celles de joaillerie et d’horlogerie». Cela comprend notamment Chloé, Dunhill, Lancel, Purdey ou… Montblanc. Georges Kern, qui pilote aujourd’hui IWC Schaffhausen, occupera le poste nouvellement créé de chef de l’horlogerie, du marketing et du numérique.

L’ensemble du groupe sera dirigé par le duo Kern-Lambert – avec deux exceptions, car Cyrille Vigneron (Cartier) et Nicolas Bos (Van Cleef & Arpels) conservent une relative indépendance. Tous seront sous la responsabilité directe du président du conseil, Johann Rupert, qui semble vouloir remettre le pied à l’étrier.

«Transformation radicale»

«C’est fini, la politique des petits copains. La transformation qui s’annonce va être radicale», affirme un cadre haut placé chez Richemont à Genève. Selon lui, durant des années, certains cadres supérieurs du groupe ont «fait des bêtises» sans être sanctionnés. Désormais, Johann Rupert a pris la mesure du problème et le choc «devrait être brutal».

A en croire notre interlocuteur, il est logique que Jérôme Lambert et Georges Kern soient nommés au sommet de la hiérarchie. «Non seulement ils sont très proches, mais ils sont à la tête des deux marques qui fonctionnent le mieux…». Ils ont aussi en commun d’être sortis de leur zone de confort, notamment en lançant des produits connectés.

Johann Rupert explique que les départs annoncés sont «une opportunité de repenser la gouvernance du groupe. Ces changements vont renforcer notre capacité à répondre aux marchés dans lesquels nous évoluons, particulièrement dans le développement du marketing numérique et du commerce en ligne».

Les investisseurs semblent confiants dans la réussite de ce projet. Vendredi, l’action Richemont a progressé de plus de 5%, tandis que le SMI reculait de 0,6%.

Cette révolution s’opère dans un contexte difficile pour Richemont et pour l’horlogerie en général. La volonté, répétée vendredi, de devenir plus efficace, laisse entrevoir de nouvelles adaptations. «Dans le cas des montres, nous allons regarder comment gérer nos problèmes de surcapacités en adaptant la structure de nos manufactures au niveau de la demande», explique Johann Rupert dans sa déclaration.

Unia n’est «pas tranquille du tout»

Pourtant, après les 500 licenciements prononcés en 2015, Richard Lepeu avait laissé entendre qu’il n’y en aurait pas davantage. Interrogé vendredi, le directeur financier Gary Saage est resté évasif, jonglant avec un mot-clé: l’efficacité. «Nous devons gagner en efficacité dans les processus de nos manufactures». Est-ce que Richemont a trop investi durant les années de folle croissance? «Je ne crois pas. Quand nous avons commencé de mettre en place nos manufactures, nous l’avons fait pour des bonnes raisons, par exemple pour être complètement indépendant.»

Les syndicats ne se font guère d’illusion. «Nous ne sommes pas tranquilles du tout. Quand les mots «surcapacités» et «adaptation» sont utilisés, il est facile de lire entre les lignes», commente Pierluigi Fedele, d’Unia, qui pressent une nouvelle vague de licenciements.

Personne n’est à l’abri. Selon différentes sources, ces mesures pourraient concerner les sous-traitants intégrés dans le groupe mais aussi les employés, les cadres. Même certains patrons de marque ont du souci à se faire.

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Les ventes de montres ont chuté d’un quart

Les résultats semestriels présentés vendredi par Richemont ont confirmé l’avertissement lancé début septembre. Le bénéfice net du groupe a reculé de 51%, à 540 millions d’euros (579 millions de francs). Annoncés en début d’exercice, en avril, les rachats de stocks de «produits à faible rotation» à des détaillants ont coûté 249 millions d’euros.

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Les revenus ont eux baissé de 13% en comparaison annuelle, à 5,086 milliards d’euros. En Europe (31% du chiffre d’affaires) la demande a continué de chuter (-17% à 1,59 milliard). Les dépenses touristiques, particulièrement en France, en sont la principale raison. L’Asie-Pacifique (-8%) ou le Japon (-22%) sont également à la peine.

En fait, seuls trois marchés sont encore en hausse: la Chine, la Corée du Sud et le Royaume-Uni. Sur ce dernier, la faiblesse de la livre sterling dynamise le tourisme d’achat, et les ventes du groupe y affichent une croissance à deux chiffres. L’horlogerie suisse ne s’y est d’ailleurs pas trompée puisque en septembre, les exportations de montres vers ce marché ont explosé de 32,4% par rapport à l’an dernier.

Globalement, les ventes joaillières de Richemont résistent au ralentissement. A 1,9 milliard d’euros, elles sont quasi stables. En revanche, les revenus issus des ventes de montres ont chuté d’un quart, à 2,1 milliards.

Le directeur financier, Gary Saage, a confié vendredi que les ventes globales étaient en croissance au mois d’octobre. Rien ne dit que cette hausse sera durable. Mais le cas échéant, elle sera moins spectaculaire que par le passé, a-t-il déjà prévenu.

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