Commerce

Un nouveau logiciel cartographie le flux des passants dans les villes suisses

Basé sur Google Maps, le logiciel de Wüest & Partner analyse le nombre et le profil des consommateurs dans chaque rue, à chaque adresse. Ces données, qui peuvent être superposées avec les prix des loyers des surfaces de vente, par exemple, intéressent des courtiers, des commerçants, des grands distributeurs ainsi que des collectivités publiques

Un nouveau logiciel cartographie le flux des passants dans les villes suisses

Commerce Le logiciel de Wüest & Partner analyse le nombre et le profil des consommateurs

Des courtiers, des commerçants, de grands distributeurs et des communes sont très intéressés

Deux mois après la fin du taux plancher, le commerce de détail suisse panse encore les plaies du franc fort et du tourisme d’achat. Les chiffres d’affaires du secteur ont diminué de 2,8% entre mars 2014 et mars 2015, selon les chiffres publiés lundi par l’OFS.

Mais la fuite des clients vers la France, l’Italie ou l’Allemagne voisines n’est pas la seule cause d’un déclin qui s’est installé. Les commerçants suisses font face à une succession de contrariétés. Pour les petites enseignes de proximité, il y a d’abord eu, à partir de la fin des années 90, les zones commerciales par dizaines, qui se sont installées en périphérie des villes. A ce désormais vieux mais tenace phénomène s’est ajoutée la vente en ligne qui, elle, concerne les petits comme les grands. Enfin, tout le secteur va par ailleurs devoir vivre avec une croissance de la population (de l’immigration) moins forte qu’au cours des dix dernières années.

Ainsi, depuis 2011 au moins, le constat est le même chaque année: les chiffres d’affaires au m2 ne cessent de se réduire. En 2014, 38% des commerçants n’ont pas atteint leurs objectifs, selon une enquête de la société Fuhrer & Hotz mandatée par Credit Suisse. Pour 2015, il faut s’attendre à une croissance «tout au plus marginalement meilleure».

Mais, malgré ce climat difficile, les vendeurs ne désespèrent pas. Six détaillants sur dix envisagent d’agrandir leurs surfaces de vente cette année. Le sondage révèle aussi que 80% des projets d’extension ciblent les centres-villes.

Wüest & Partner arrive donc à point nommé. Depuis début mai, le bureau d’analyse immobilière a de quoi aider les commerçants ambitieux. Il propose de mieux trouver les consommateurs. En les géolocalisant.

Tout a en fait commencé il y a deux ans environ, avec les débuts de la commercialisation de son logiciel «Geoinfo»: loyers, prix de vente, centres commerciaux, projets de construction, permis de construire, structure démographique ou même degré d’ensoleillement… Tout y est. Basée sur Google Maps, cette application permet d’évaluer la qualité de «près de 5 millions de microsituations du marché de l’habitation en Suisse», assure la société.

Et désormais, ce logiciel a une nouvelle option: le «potentiel de passage». Nous avons pu le tester pendant quelques heures. Voici un exemple: devant le numéro 10 de la rue Centrale à Lausanne, là où se trouve la papeterie Kramer-Krieg , entre 36 000 et 38 000 personnes transitent chaque jour entre 8h et 18h30 (voir carte). Un peu plus de 8800 d’entre eux ont entre 35 et 49 ans. Ils sont 1336 à cheminer vers leur domicile, tandis que 13 738 personnes passent à cet endroit pour faire du shopping. Un clic supplémentaire nous apprend par ailleurs que les loyers commerciaux, dans un rayon de 300 mètres autour de cette adresse, varient entre 298 et 749 francs par m2 par an, avec une médiane à 627 francs.

Quel est le potentiel de cet outil? «Tout le monde nous en parle», témoigne en tout cas Hervé Froidevaux, associé du bureau de conseil, à l’issue d’une présentation à ses clients mi-avril. Avec cette nouvelle option, Geoinfo, commercialisé sous forme de licences d’accès, s’adresse non seulement aux investisseurs immobiliers intéressés par le segment commercial, plus rémunérateur que toutes les autres catégories de placements dans la pierre, mais il suscite aussi l’intérêt des commerçants, des grands distributeurs et même du secteur public. Car l’outil permet d’affiner une étude d’implantation, d’estimer plus précisément le potentiel, et donc la valeur, d’une surface de vente. Ou d’assister une collectivité publique dans sa stratégie d’aménagement urbain, énumère le responsable genevois de Wüest & Partner, qui a déjà été contacté par des communes.

Même si cela y ressemble bien, les données sur les flux de passants ne résultent pas d’un traçage GPS. Elles sont collectées par la société Senozon. Ce spin-off de l’EPF de Zurich a agrégé les données du recensement de la population, des habitudes et des comportements des sondés, des tronçons routiers, des transports publics ou encore de l’affectation des bâtiments. Une manne d’informations que Wüest & Partner a additionnées aux siennes, plus immobilières.

Révolutionnaire? Analyser le bon emplacement, en fonction des arrêts de transports publics notamment, est un exercice que «les grands acteurs du commerce de détail réalisent depuis longtemps», précise Hervé Froidevaux. Désormais, ils peuvent vraiment savoir par où ils passent, en sortant du bus, du tram ou du train. «Nous allons dans le détail de la mobilité douce», résume-t-il.

Même si cela y ressemble bien, les données collectées ne proviennent pas d’un traçage GPS

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