«La Suisse doit saisir le marché technologique de l'énergie solaire», a affirmé Christophe Ballif au Temps, à la suite d'une présentation qu'il a donnée mercredi dernier à Neuchâtel à la Fondation suisse pour la recherche en microtechnique. La courbe de croissance de la production de modules solaires (ou photovoltaïques) des pays comme l'Allemagne, qui ont adopté des politiques favorables, est éloquente: le marché a été multiplié par 50 en dix ans. Le professeur a indiqué que la Suisse, spécialisée surtout dans les lignes de production pour la technologie photovoltaïque, est en train de vivre «l'émergence d'un nouveau secteur industriel de pointe».

Selon Christophe Ballif, «l'industrie suisse peut et doit profiter de ce nouveau boom. On observe aujourd'hui une certaine émulation autour de cette nouvelle technologie chez nous. Les quelques entreprises suisses qui se sont tournées vers le photovoltaïque, il y a cinq ou six ans, réalisent à présent de très bons chiffres d'affaires (au total 600 à 900 millions de francs en 2007), surtout à travers leurs exportations. A noter aussi l'entrée sur le marché de plus en plus de nouvelles entreprises.» Il a ajouté que la Suisse possède le potentiel industriel pour développer, autour de Neuchâtel et de l'Institut de microtechnique (IMT), une «Silicon Valley» de la couche mince de silicium (une des technologies du photovoltaïque qui rencontre beaucoup de succès).

Soutien à l'industrie

Le professeur a écarté les craintes liées à la hausse des prix des matières premières: «Le silicium, présent en abondance sur terre, n'est utilisé qu'en quantité infime, sous forme de sable, dans la technologie solaire.»

Face au développement de ce secteur stratégique, le chercheur déplore la lenteur de la Suisse: «Certains acteurs politiques et économiques devraient se rendre compte que l'électricité solaire va inévitablement jouer un rôle important dans un futur proche (moins de dix ans). Quand les ménages voudront s'équiper de panneaux photovoltaïques, on devra pouvoir leur proposer des modules fabriqués ici. Pour développer le marché interne, la Suisse a besoin d'une politique de soutien à l'industrie (aujourd'hui inexistante) et à la recherche».