Interview de Köbi Frei, ministre des Finances d'Appenzell RE

«Notre liberté s'est bâtie à partie d'une lutte contre la fiscalité saint-galloise», explique Köbi Frei. Le canton vit toujours cette culture de méfiance à l'égard du centre et du pouvoir. Ces caractéristiques ont encouragé les acteurs locaux, par exemple dans le textile, à très tôt faire preuve d'innovation.

L'accès rapide et privilégié aux autorités locales est un atout avancé dans la quête de nouvelles entreprises, par exemple allemandes. Car «nous sommes au centre du triangle d'or (Zurich, Stuttgart, Munich) et nous organisons souvent des présentations chez nos voisins du nord, lesquels apprécient de vivre sur nos collines et d'observer leur pays au loin, dit Köbi Frei. Mais, en raison de ses caractéristiques propres, chaque demi-canton a sa promotion économique.

Le taux d'imposition des entreprises, de 6% depuis 2008, est le plus bas de Suisse avec Obwald et l'un des plus bas d'Europe (derrière la Bulgarie). Les effets de cette stratégie sont positifs. Au cours des sept premiers mois, le solde positif net est de 201 entreprises (317 nouvelles et 116 résiliations), contre 58 l'an dernier. La plus grande partie vient des services avec 4-5 emplois.

L'accent mis dans les Rhodes-Extérieures sur la fiscalité des entreprises s'inscrit dans cette volonté de trouver une niche particulière au sein du système fédéral. «Sans accès au réseau CFF et sans autoroute, un peu cachés, nous devons trouver d'autres moyens de nous distinguer», explique le ministre.

La péréquation financière place les Rhodes-Extérieures au sein des bénéficiaires nets, ce qui les rend peu sympathiques. A moyen terme, «nous devrions devenir un contributeur net», promet Köbi Frei. Un rêve? Peut-être, mais c'est la stratégie. Canton sans dette, qui a perdu de son aura avec la disparition de sa banque cantonale, le gouvernement veut reprendre l'offensive. La moitié des ressources financières issues de l'or de la BNS a été confiée aux communes. C'est unique en Suisse. Le raisonnement est prometteur: «Nous devons nous renforcer dans un mouvement de bas en haut, permettre aux communes d'encourager la construction de logements modernes pour attirer les jeunes familles et la main-d'œuvre qualifiée et très qualifiée», selon le ministre. Grand défenseur de l'autonomie cantonale, Appenzell soutient l'autonomie fiscale des communes et l'émancipation d'une telle concurrence. En termes de fiscalité des personnes, un nouveau paquet vise la classe moyenne et sera discuté lundi au parlement. Il devrait entrer en vigueur au début de 2010.