G20

Un nouvel ordre mondial

Les institutions financières internationales se verront dotées de très nombreux moyens. L’ensemble des mesures devrait injecter 5000 milliards de dollars dans l’économie mondiale. Et le G20 assène: l’ère du secret bancaire est révolue. Avec publication à la clé de listes noire et grise

Ils ont dû s’y prendre à deux fois pour faire la photo de famille. Le premier ministre canadien manquait sur la première et personne ne s’en était rendu compte. Deux photos, mais, à la fin de la journée, la réunion du G20 a accouché de mesures de relance et de régulation financière contentant chacun des participants.

A Londres ce jeudi, les vingt plus grandes économies développées et émergentes étaient réunies pour un sommet «historique par ses enjeux et par les solutions trouvées», a déclaré à sa clôture Barack Obama. «Je suis content du résultat», a poursuivi le président américain. Nous «avons établi un ensemble inédit et complet d’actions», alors que l’économie mondiale s’enfonce dans la récession. «Par le passé, le monde était lent à agir. Il fallait attendre une décennie, dans les années 1930, ou même dans les années 1980. Ce n’est plus le cas», s’est-il réjoui.

Organisateur du sommet, le premier ministre britannique Gordon Brown a résumé l’accord négocié depuis novembre dernier, lors de la première réunion du G20. On peut le synthétiser en deux volets: des milliers de milliards, et une finance placée sous un contrôle strict. Gordon Brown a annoncé que, d’ici à la fin de l’année prochaine, quelque 5000 milliards de dollars seraient injectés dans l’économie au titre des plans de relance. C’est bien plus que les 2000 milliards qu’attendaient les Américains, auxquels la France et surtout l’Allemagne s’opposaient. Ces engagements devraient cependant «préserver les équilibres budgétaires à long terme», selon le communiqué.

La liste des courses n’est de loin pas finie. S’y ajoutent 1100 milliards pour les pays pauvres. Une somme répartie entre de nouvelles ressources pour le Fonds monétaire international, le soutien au commerce, et des lignes de crédit à leur intention.

Au terme d’une brève journée, commencée à 8h30 par un petit déjeuner et finie à 14h30 par une séance plénière, Gordon Brown a qualifié les décisions d’«action coordonnée, pas de collection d’actions individuelles». «En 1929, il a fallu vingt-cinq ans pour reconstruire l’économie. Cette fois sera différente, espère-t-il. N’est-ce pas formidable? En dix semaines, nous avons accompli plus qu’en dix ans.» Les places boursières ont très favorablement accueilli les mesures. Le G20 estime que son paquet de mesures va créer ou sauver «des millions d’emplois», augmenter la production de 4%. Tout en «accélérant la transition vers une économie pauvre en carbone».

Il n’y a toutefois pas que l’argent, mais aussi un changement d’approche. Gordon Brown a célébré hier «la fin du consensus de Washington. Un nouveau consensus est né.» Né à la fin des années 1980 sous l’impulsion de l’école de Chicago, ce consensus résumait les politiques souvent qualifiées d’ultra-libérales exigées par le FMI en échange de son aide. Désormais, comme le veulent les pays du G20, les institutions internationales, y compris la Banque mondiale, vont voir leur mandat redéfini.

L’engagement financier décidé au centre ExCel, d’où l’on peut apercevoir la City, symbole des excès de la finance, n’aurait sans doute pas été accepté sans l’importante refonte de la surveillance financière.

Le Forum de la stabilité financière s’est vu confier un important travail pour changer la finance. De «nouvelles règles pour rémunérations et bonus», une surveillance des agences de notation, de nouvelles normes comptables, et aussi une chasse sans merci aux paradis fiscaux. «La part d’ombre du système bancaire, y compris les hedge funds, est dans le filet de la surveillance», a résumé Gordon Brown.

Cette surveillance, combinée aux efforts de relance, permettra de «rétablir la confiance et de faire en sorte qu’une telle situation ne se reproduise jamais», a souhaité le premier ministre britannique. Elle a aussi sûrement emporté l’adhésion de la France et de l’Allemagne qui, la veille, l’avaient estimée «non négociable». Mardi, le président français avait même menacé de quitter la table du G20 s’il n’obtenait pas satisfaction.

«Une page a clairement été tournée, s’est réjoui Nicolas Sarkozy en fin de journée lors d’un point de presse. Vous me demandez si cela aurait été obtenu si la France et l’Allemagne ne l’avaient pas exigé? Ce que je constate, c’est que sur la base de nos demandes tout le monde a joué le jeu.» Avant d’ajouter: «J’ai constaté que nos partenaires étaient parfaitement en ligne avec ce que nous voulions. Cette crise financière a été créée par l’absence de règles, nous en mettons de nouvelles avec l’accord de tous, y compris de la Chine.» Signe que les désaccords n’étaient peut-être pas si importants que cela entre l’Europe et l’Amérique, certains passages du communiqué ressemblent fortement aux mesures annoncées la semaine dernière aux Etats-Unis par Tim Geithner, le secrétaire au Trésor américain.

Par contre, selon Gordon Brown, aucune «proposition détaillée concernant un nouveau système monétaire international» n’a été posée sur la table. La semaine dernière, les Chinois avaient pourtant avancé quelques idées dans cette direction.

Que produiront tous ces efforts? Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, a estimé que la croissance mondiale devrait bientôt repartir, et dépasser les «2% à la fin 2010». Le G20 se réunira d’ailleurs de nouveau cet automne pour évaluer l’avancée des actions décidées jeudi. Un groupe qui pourrait d’ailleurs grandir. «Le G20 est trop petit. Il devrait inclure plus de pays à bas revenus», a conclu le Français.

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