Une acceptation de l’initiative socialiste «Pour des impôts équitables» soumise en votation le 28 novembre prochain pourrait avoir des effets collatéraux insoupçonnés. «Personne ne s’est soucié de son impact sur le marché immobilier. Or les répercussions d’un oui pourraient ressembler à un tremblement de terre de moyenne importance en Suisse centrale», s’est exclamé mardi Donato Scognamiglio, directeur du Centre d’information et de formation immobilière (CIFI) lors d’un congrès à Berne.

«Croyez-vous que les riches contribuables qui ont choisi de s’établir loin des villes pour des raisons purement fiscales auront intérêt à y rester, entre vaches et pelouses, s’ils y paient le même impôt qu’à Zurich ou Berne?», a lancé l’expert. Pour lui, l’obligation qu’auront les cantons et communes d’imposer un taux marginal de 22% au moins sur les revenus supérieurs à 250 000 francs se traduira très rapidement par une vague de départs des actuels «réfugiés fiscaux» établis dans les oasis de la Suisse primitive. Et par une perte d’attrait pour les biens immobiliers locaux. Résultat: un effondrement de l’ordre de 15 à 25% des prix des villas, en premier lieu celles qui valent plusieurs millions.

A Wollerau (SZ), commune où ont élu domicile Roger Federer et Marcel Ospel et où les impôts sont les plus bas de Suisse, la chute atteindra 26,8%, selon les modèles du CIFI. Toujours dans le canton de Schwyz, le prix des maisons individuelles plongera de 26,6% à Freienbach, dont le financier Martin Ebner est l’un des résidents les plus connus.

Zoug ne sera pas en reste, les prix étant attendus en recul de 20,3% à Walchwil, de 19,9% à Baar et de 19,7% dans la capitale cantonale. Mais toutes les communes du canton seront touchées, comme d’ailleurs à Obwald, où le recul culminera à 17,3% à Sarnen et à 16,6% à Engelberg. Donato Scognamiglio parle d’une «liste de l’horreur».

Le phénomène de recul sera également généralisé à Schwyz, Nidwald, Uri, Saint-Gall et dans les deux Appenzells. Des cantons comme les Grisons, Lucerne, Argovie et Thurgovie seront moins touchés, mais les prix y baisseront dans certaines communes. Grâce à sa fiscalité déjà aux normes de l’initiative, la Suisse romande sera en revanche épargnée. Comme le Tessin et Zurich.

Si l’initiative est repoussée, le dérapage redouté par la Banque nationale suisse n’est en revanche pas au programme, estime le CIFI. «Il y aura encore une légère hausse des prix ces deux prochaines années, mais nous partons du principe que la bulle va se vider sans éclater, par une évolution latérale des prix», a conclu Donato Scognamiglio.